Pages

vendredi 10 mars 2017

angoisse épistémique






       Les scenarios sceptiques sont supposés éveiller en nous le doute: un démon malveillant, un Malin génie, un savant fou ne pourraient-il pas nous tromper? Ne pourrions-nous en ce moment rêver ? Mais quoi, ce sont des fous… Ces scenarios ne sont pas crédibles car ils portent sur nos états et croyances présents. Il semble absurde que je sois maintenant victime d’un malin génie qui me trompe. Mais supposez que vous réfléchissiez à votre vie entière, depuis votre naissance. Ne pourrait-elle avoir été qu’un très long rêve ? Qu’est-ce qui vous dit même qu’elle s’est passée ? Ne pourriez-vous pas avoir vécu le futur d’un individu né bien avant vous ? Les gens que vous avez rencontrés dans votre existence ont-ils bien quelque chose d’unique ? Ne seraient-ils pas des gens qui appartiennent à d’autres existences ? Ou simplement des doubles ou des homologues d’individus appartenant à d’autres existences ? Vous-même ne seriez-vous pas le double ou l’homologue d’un individu qui a vécu autrefois dans un temps lointain ? Vos souvenirs ne seraient-ils pas ceux d’autres gens ? cf Tchouang Tseu et son rêve du papillon et Borgès Les ruines circulaires. Bref dès que nous considérons la mémoire et les souvenirs, et la vie vécue comme un ensemble, les scénarios sceptiques deviennent parfaitement probables. Prenez la fameuse illusion du faux souvenir : est-ce vraiment une illusion ? Peut-être avons-nous déjà vécu ce que nous vivons maintenant, déjà senti ces odeurs ou eu ce même sentiment de fatigue dans les mêmes circonstances. Il y a un scenario qui dans la littérature sur le scepticisme a l’air absurde : celui de Russell selon lequel la Terre aurait pu avoir été créée il y a cinq minutes. « Il y a cinq minutes » semble absurde. Mais « Il y a juste trois cent ans » nous semble plus plausible.