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dimanche 26 mars 2017

l'art du compliment





                             Cuthberg J. Twillie & Flowerbelle Lee, in My little chickadee 1940


« When I’m good, I’m very good. But when I’m bad, I’m better.” (Mae West)


Il est très difficile de complimenter autrui. Encore plus de s'auto-complimenter.
Voici quelques échantillons de compliments et auto compliments bien tournés.

Le seul jésuite intelligent (Voltaire sur Buffier)

Le meilleur des mauvais guitaristes (à propos de Keith Richards)

Le plus célèbre des auteurs obscurs (Benda, sur lui-même)

A raté de peu le Collège de France 

La plus fine des fausses maigres 

Il est presque parvenu à faire un livre 

Il a fait d’excellents livres d’introduction au sujet

Bien que raté il a su garder l’anonymat (variante : « La seule consolation d’une vie ratée est qu’elle soit inconnue » (à propos de l’auteur raté Colin Wilson)

Il a élevé l’imbécilité au niveau du génie

11 commentaires:

  1. En principe, le compliment est un éloge destiné à féliciter quelqu’un, que l’on fait par politesse ou pour lui témoigner son amitié.
    Ce billet traite plutôt d’une sorte de compliment difficile à définir, parce qu’il est biface. Il a un côté méchant, mais il a aussi un côté charitable, parce qu’ il cherche à racheter quelqu’un, en se faisant l’avocat du diable et en sous-entendant que l’on peut être le meilleur dans son genre. C’ est ce qui s'appelle avoir les idées larges ou bien être optimiste.
    Dans les exemples cités, il y a des traits d’esprit, qui d’une certaine façon valorisent ceux qu’ils prennent pour cible.
    Néanmoins, ne faut-il pas distinguer le compliment de l’auto-compliment, dans ce cas si particulier ?
    Est-ce dans le « Traité du désespoir » que Kierkegaard parle de l'histoire d’ un ami qui ne faisait que raconter comment il avait failli avoir sa licence à la fin de ses études ? Il faisait sourire Kierkegaard, même si celui-ci trouvait un sens philosophique à son propos. Quand on dit de quelqu’un qu’ il a failli avoir sa licence, on le valorise. Quand c’ est le candidat recalé qui le dit de lui-même, il se met en danger.
    Le compliment vache a peut-être une signification spinoziste. L’immoralisme de Spinoza ne juge les gens qu’ en fonction de ce dont ils sont capables. Le rire spinoziste, qui est comme de l’admiration inversée, survient quand quelqu’un commet quelque chose dont on ne le croyait pas capable.
    Dans tous ses films, Mae West était meilleure quand elle était mauvaise. C’ était une reine du burlesque, qui surjouait la féminité et qui mettait des allusions sexuelles dans toutes ses répliques, sans craindre la censure. Dans le film en question, elle était de façon cocasse le petit poussin chéri de son faire-valoir, l’ excentrique W.C. Fields, qui n’aimait ni les hommes, ni les femmes, ni les enfants, et tous deux excellaient à être des ferments de désordre dans l’Ouest américain.

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  2. pas mal vu! mais un compliment gentil et élogieux ne risque -t-il pas d'être pire qu'un compliment vache ? Comme vous dites, cela suppose que les gens ne sont que leurs entéléchies, alors qu'on aurait aimé vanter leurs puissances, leurs capacités. Selon ce raisonnement il faut supprimer les cérémonies de remise de médaille, les distributions de prix, les élections à l'acadéfraise, etc. Imaginez un discours de reception qui dirait : " Vous avez failli être des nôtre 5 fois"

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  3. Le compliment gentil et sincère est de la politesse, et comme toute politesse on peut le suspecter d'être de l'hypocrisie.
    Même si on le formule sans intention vache, un compliment peut être une épouvantable gaffe. Si l'on en croit la mode, pour réussir un compliment, il faut avoir de l'intelligence émotionnelle. Grâce à elle, on sait qui complimenter, quand, dans quelle situation, avec quels mots et sur quel ton le faire.
    Il y aussi la notion de bonne distance à conserver avec autrui, que les Amérindiens avaient appris à un ethnologue comme Lévi-Strauss. Le compliment fusionnel peut installer un malaise et énerver celui qui le reçoit.
    Le compliment que l'on adresse à une femme est de la galanterie, mais elle peut le prendre pour de la séduction ou du machisme.
    Dire un jour à une femme que l'on croise souvent, qu'elle est belle, cela pourrait vouloir dire que les autres jours, elle ne l'est pas.
    Il faut aussi prendre garde à ne pas complimenter une femme d'avoir minci. Cela signifie qu'auparavant elle était grosse.
    À cet égard, celui qui dit "la plus fine des fausses maigres" met volontairement les pieds dans le plat pour refuser l'hypocrisie qui pourrait se cacher derrière la galanterie.
    Le compliment vache a également un fond carnavalesque. Il ne suppose pas seulement que tout le monde pourrait être le meilleur dans son genre, mais que les meilleurs pourraient tous monter sur le même podium, quelle que soit leur catégorie. C'est ce que font actuellement les médias, qui amplifient la célébrité de quiconque a réussi à faire parler de soi, et quoi qu'il ait fait pour cela.
    En France, il y a d'ailleurs une étrange cérémonie de remise des "Gérard" tous les ans, destinée à oscariser les auteurs de bides et de fours dans le monde du spectacle.
    En même temps, cela redonne du lustre au prénom "Gérard" qu'un sketch malheureux de Coluche avait fini de discréditer.
    Le compliment vache serait davantage dans le registre héroï-comique, que dans celui du burlesque, malgré Mae West. Par un compliment vache, on peut héroïser celui que l'on déprécie, et faire du comble de l'imbécillité une forme de génie.
    Quant à Mae West, elle esthétisait le monde de la pin-up glamour à fanfreluches pour fétichistes, tout en se moquant d'elle-même.
    Une artiste comme Dita Von Teese a fait revivre son monde, en le théorisant, dans "L'art du glamour". Elle montre comment le vêtement constitue la manière d'être de la pin-up "vintage". Avec elle, d'un point de vue psychologique, l'être et le paraître ne s'opposent plus. Mais par un retournement dialectique, on découvre comme un Cogito de la pin-up, car elle garde toujours son quant-à-soi, par lequel elle s'institue dans son intériorité.

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  4. Jesus Christ (le vrai)27 mars 2017 à 23:32

    Chers amis, je tombe des nues.
    L'art du compliment serait l'art de la demi mesure, de l'entre-deux?
    Lorsque je lis "comme toute politesse on peut le suspecter d'être de l'hypocrisie", les bras m'en tombent si j'ose dire. Je réponds "ah bon mais de quel droit? suivant quel principe?".
    On peut toujours tout interpréter négativement mais alors comment reconnaître l'homme bon du fourbe mal avisé? Les choses ne sont-elles pas au fond très simples: faites un compliment lorsque vous avez toutes les bonnes raisons de le faire, ne faites rien sinon.
    Le compliment ne se rattache-t-il pas à la vérité? Faire un demi compliment n'est-ce pas piétiner la vérité en feignant le vrai?

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  5. Un demi compliment ou un compliment vache manque sans doute de bonté, mais je ne crois pas qu'il manque de vérité.

    et qu'est-ce que la vérité ? Je crois vous avoir déjà posé cette questions jadis

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  6. Harry Frankfurt28 mars 2017 à 19:02

    Compliment est le substantif de complir, et en ce sens est un accomplissement. Faire un compliment pour ce moquer du non accomplissement d'une tâche n'est-ce pas produire de la foutaise au sens de "produire un effet" sans se soucier de la vérité ?

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  7. Saint Simon ( duc)28 mars 2017 à 19:53

    Il me semble que vous confondez la foutaise avec le trait d'esprit, M. Harry . Ce dernier n'est pas indifférent à la vérité . Le trait de Voltaire cité ici n'est pas du Bullshit. Il contient du vrai, mais le tourne de manière à voir les autres aspects.

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  8. Jean-Claude Vandamme28 mars 2017 à 22:18

    Le trait d'esprit n'est-il pas l'apanage du "bel esprit"?
    Pour reprendre la citation de Malebranche: "Le stupide et le bel esprit sont également fermés à la vérité ;
    il y a toutefois cette différence que le stupide esprit la respecte tandis que le bel esprit la méprise".
    N'y a-t-il pas du mépris dans "Il a élevé l’imbécilité au niveau du génie" ou "Il est presque parvenu à faire un livre". Le locuteur ne s'intéresse ni aux raisons, ni au contexte, ni au sujet de ces énoncés. C'est vraiment se moquer pour se moquer.

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    1. En vérité, mes Pères, il y a bien de la différence entre rire de la religion, et rire de ceux qui la profanent par leurs opinions extravagantes. Ce serait une impiété de manquer de respect pour les vérités que l'esprit de Dieu a révélées : mais ce serait une autre impiété de manquer de mépris pour les faussetés que l'esprit de l'homme leur oppose.

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  9. Dans sa Maxime 260, La Rochefoucauld disait : "La civilité est un désir d'en recevoir, et d'être estimé poli."
    Le Duc n'y allait pas par quatre chemins. Pour lui, la politesse était une affaire de renvois d'ascenseur, et aussi ce que l'on mettait dans sa vitrine.
    De même pour l'altruisme. On est altruiste, parce que l'on a intérêt à l'être.
    Néanmoins, pour lui, un compliment pouvait être sincère, mais dans ce cas on est simplement inconscient de l'hypocrisie de son amour-propre, qui agit toujours par intérêt égoïste.
    Ou alors, la civilité n'était qu'une pause dans la guerre impitoyable que les hommes se font entre eux.
    Pour le Duc, il n'y avait jamais de gaffe de bonne foi, non plus.
    Pour argumenter contre le Duc, on retrouve l'éternelle question : faut-il se demander qui parle, derrière l'énoncé d'une vérité ?
    L'argumentation doit-elle être "ad personam" ou "ad rem" ?
    On peut en effet se demander si le Duc n'écrivait pas pour le plaisir de rabaisser et s'il ne trempait pas sa plume dans l'encre noire de sa bile.
    Cependant, il faut dire à sa décharge qu'il avouait sa mélancolie foncière.
    Le Duc était en réalité un libertin athée, qui devait traiter ses créanciers avec la politesse que Dom Juan témoignait à Monsieur Dimanche.
    Mais le modèle que prendra Molière, pour écrire sa pièce, sera plutôt le Prince de Condé.
    En ce qui concerne le burlesque moderne, ce sujet n'est pas futile. Dans l'Antiquité, l'effeuillage était une cérémonie sacrée (la danse des sept voiles, etc.), pour célébrer la force de fertilité de la vie, et avec laquelle on ne plaisantait pas. Nous en avons fait un rituel profane.

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  10. Les classiques ne toléraient pas la gaffe. Quelque jour je parlerai ici de Saint Evremond :les qualités par lesquelles on prétend se faire valoir son ordinairement celles que l'on n'a pas." de la justesse du raisonnement) De même en général celles par lesquelles on entend faire valoir autruy.

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