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vendredi 14 octobre 2016

BOBBY FRICOTIN PRIX NOBEL!





-         Pourquoi donner le prix Nobel à Bobby Fricotin ? C’est un artiste de variétés, une sorte de clown, qui n’est même pas original et a tout pris dans Woody Guthrie.
-         C’est un poète, qui renouvelle les bardes celtes, voire même Homère. Ses chansons sont des chefs d’œuvre. Ecoutez ceci par exemple ( bien que je préfère la version de Jimmy Hendrix). N’est-ce pas admirable ?

"There must be some way out of here," said the joker to the thief,
"There's too much confusion, I can't get no relief.
Businessmen, they drink my wine, plowmen dig my earth,
None of them along the line know what any of it is worth."

-         Ah ? bon? Une espèce d’absurde à l’anglaise, paré de quelques références vaguement sharkespearo-gothiques ? Le joker , c’est celui de Batman ? Où est Homère là-dedans ? Pourquoi pas primer les aventures de Mickey, ou Superman ?
-         Oui, en effet, c’est de la culture populaire. Elle a bien sa place au Nobel. La littérature ce n’est pas seulement l’affaire des lettrés. L’Académie suédoise est fidèle à la vocation humaniste, pacifiste de son fondateur (bien connu pour son pacifisme explosif).
-         Bon, je veux bien, mais alors pourquoi pas De Lillo ou Philipp Roth ?  Eux sont populaires. Et ce sont surtout des écrivains, pas des saltimbanques. Pour avoir le Nobel de littérature, il faut qu’il y ait de littérature, un art du langage, de la fiction, et surtout un art qui donne à penser.
-      -    Ah ! Parce que Bobby ne donne pas à penser ? « The times they are a-a-changin' ! » C’est une profonde pensée.Digne de Bergson, qui eut lui aussi le prix Nobel.C’est du blues! De la musique populaire, profonde, comme le blues du Mississipi. N’avez vous pas dit vous-même jadis dans Précision:

"Je n’ai rien, notez bien, contre le jazz New Orleans.  Un jour je me trouvais à la Nouvelle Orléans. C’était dimanche. Je pris un steamer qui, ce jour là, fait une randonnée d’une cinquantaine de milles sur le Mississipi. Je m’assis sur la passerelle. Je pensais à Chateaubriand, aux Indiens, au passé de cette nature. C’était le ravissement. Soudain éclate une musique nègre. Dans le salon derrière moi, des centaines de couples, petits employés que libère le dimanche, trépignent des danses, reprennent en cœur d’affreux refrains. C’en est fait : à mon extase va se substituer deux heures durant une impression de guinguette à Bougival. Je hais ces gens, je voudrais les tuer. J’entends les Maurras, les Bonnard : « C’est votre démocratie, votre chère démocratie. » Je leur donne raison. Puis je songe qu’il y a trente ans j’ai fait une même promenade le long du Rhin, sous la monarchie des Hohenzollern, et que c’était exactement la même chose. Comprendre dissout alors ma haine. J’entre dans la salle de danse. Je décide que l’intérêt de mon excursion n’est pas de contempler la nature, mais d’observer les ébats dominicaux de la jeunesse ouvrière d’une grande ville de Louisiane en 1936. Ces rythmes n’ont point de bassesse, ils ont de l’âpreté, de la beauté. Ce peuple qui s’offre une fête avec l’argent qu’il a gagné par son travail, qui mettrait le feu au monde si on l’en empêchait, qui rentrera demain à l’atelier, conscient de sa force et de sa liberté précisément en raison de la fête qu’il lui a plu de s’offrir la veille, cela est grand et je serais vraiment pauvre d’esprit si j’étais incapable de ressentir cette grandeur parce que sa forme externe blesse mes goûts de mandarin . »

-       -   J’entends bien. Je n’ai rien contre la culture populaire, même si je préfèrerais qu'on ait attribué ce prix à Muddy Waters. Elle est en effet démocratique. Mais quand il s’agit de littérature, il y a des exigences, celles de la pensée.
-     -     Mais n’avez-vous pas vous-même condamné la littérature alexandrine, celle de cour. N’avez-vous pas dit qu’il fallait que la littérature parle aux sentiments universels ? Bobby Fricotin parle à ces universaux de l’esprit que vous chérissez. Est-ce parce qu’il les exprime sous forme de chansonnettes qu’il vous déplaît ?
-      -    Bien sûr il y a une forme qui me déplaît. Une chanson n’est pas, quoi qu’on en dise, un poème. Essayez de chanter Baudelaire, même Hölderlin. Et il faut aussi que cette forme dise quelque chose, même si elle a des jolis airs de mirliton. On a donné jadis le prix Nobel à Sully Prudhomme, qui n’était pas pire  que Bobby Fricotin. On l’a aussi donné à Bergson ! Alors c’est vrai, il n’est pas nécessaire d’être grand poète et grand penseur pour avoir le Nobel. Il suffit d’avoir de bons sentiments. Mais de bons sentiments ne sont pas nécessairement des sentiments vrais.
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dimanche 9 octobre 2016

Les lectures de Trump


     On a soutenu à tort que Donald Trump , dont les propos sur les femmes ont suscité un tollé, était inculte , grossier, ubuesque, et qu'il ne lisait rien.  C'est une grossière erreur. Il lit au contraire beaucoup,
et surtout des romans policiers, et notamment ceux des années 50 de Chase, Cheney et des beaux jours de la série noire. Seuls les gens
eux mêmes incultes n'ont pas pas vu que les discours de Trump étaient truffés d'allusions à ces polars, et que le procès qui lui est fait d'être sexiste, misogyne et vulgaire est un pur produit de la political correctness qu'il dénonce lui-même.






                                                      Seule une Amérique pudibonde peut condamner ces manifestations d'une culture policière qu'on a aujourd'hui perdue.
    Mon professeur de philosophie avait deux sortes de livres chez lui, les uns sur Kant, sa spécialité, les autres des séries noires, qui tapissaient tout son appartement. Je voulus l'imiter, non pas dans son kantisme (bien que je reconnûs qu'il y excellât, et qu'il m'ait beaucoup appris; qui par exemple aurait aujourd'hui comme sujet de dissertation en khâgne "Y a t il plusieurs sortes de nécessité?"). J'achetai donc moi aussi beaucoup de séries noires cartonnées, et j'eus à un moment plus de deux cent. Je les ai bêtement revendus.




                                                 
Hillary Clinton n'est pas en reste. Elle aussi lit beaucoup de romans policiers pour se reposer d'une campagne fatigante. Mais l'Amérique blanche, si irlandaise dans ses racines, devrait relire
Sally Mara, mais aussi Peter Cheney.