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lundi 4 avril 2016

LE CAPITAINE BADIOU ET LES GARNEMENTS



— Drauf so sprach Herr Lehrer Lämpel:
»Dies ist wieder ein Exempel!« —

     Tout le monde connaît Max et Moritz, les deux garnements de Wilhelm Busch, qui font des farces (et s’en trouvent à chaque fois punis d’une bonne fessée). Leurs aventures furent publiées dans les années 1860. L’une d’elles met en scène un Schulmeister prétentieux, Lehrer Lämpel. Le contexte scolaire a bien changé depuis cette époque où les maîtres avaient des férules, mais a-t-il au fond tellement changé ? Si les châtiments corporels sont interdits sous nos contrées (même si dans certains pays on aime à fouetter ceux qui pensent mal), n’y a-t-il pas encore des maîtres à badines symboliques dont les gamins ont bien raison de se moquer? 
Daß dies mit Verstand geschah,
War Herr Lehrer Lämpel da. —

  Rudolph Dirks, l’un des premiers créateurs de BD aux USA, s’inspira de Busch pour créer Les Katzenjammer Kids, en 1897. Ces derniers, nommés Hans et Fritz, vivent dans une famille allemande émigrée sur une île improbable, Bongo, gouvernée par un roi fainéant. La famille comprend leur tante et un capitaine, agissant comme un père de substitution et parlant un anglais émaillé de germanismes, ainsi qu’un homme à longue barbe blanche, ami du capitaine, nommé l’Astronome - et une institutrice, Miss Twiddle, transposition de Herr Lämpel. Il y a aussi un hypocrite blondin nommé Adolphe, sorte d’antithèse de Hans et Fritz, chouchou  de l’institutrice, et une petite peste nommée Léna. Les kids passent leur temps à faire des farces au Capitaine, notamment pendant que ce dernier fait sa sieste. La série fut traduite en français, où la tante se nomme Pim et les deux garnements Pam et Poum, Miss Twiddle devient Miss Ross.


 
— Menschen necken, Tiere quälen,
Äpfel, Birnen, Zwetschgen stehlen —
Das ist freilich angenehmer
Und dazu auch viel bequemer,
Als in Kirche oder Schule

   Ces aventures firent les délices de mon enfance[1]. J’adorais voir le Capitaine et l’Astronome subir les farces inventives de Pam et Poum, et je m’essayais moi-même à les imiter  avec mes camarades de jeu (ainsi voyant un jour un vieil homme faire sa sieste sur un lit au soleil du Midi, j’eus l’idée d’aller lui chatouiller les narines avec des graminées ; pire, j’allai avec un de mes complices pisser sur les passants du haut de la fenêtre du premier étage). A la différence de Pam et Poum, je n’ai jamais reçu de fessée, sauf une fois où j’avais presque mis le feu à une pinède (ma grand mère, une solide protestante camisarde, ressemblait à Tante Pim).

   C’est pourquoi, quand j’ai appris que des garnements avaient fait une niche au Capitaine Badiou, je me suis réjoui que l’héritage de Pim Pam Poum soit toujours bien vivant.[2] 
 
   Nos modernes Max et Moritz, Hans et Fritz, ou Pam et Poum, qui sont les philosophes des sciences Anouk Barberousse et Philippe Huneman, auteurs, et le sociologue Arnaud Saint-Martin, co-éditeur, viennent d’annoncer (1er avril 2016), dans le Carnet Zilsel [un carnet (et bientôt une revue) qui s’illustre notamment par l’analyse des impostures intellectuelles, de la fausse science, des pseudo-intellectuels et, d’une manière générale, de tout ce qui relève des scories de l’intellect], qu’ils venaient de publier, sous le pseudonyme de Benedetta Tripodi, dans la revue en ligne BadiouStudies


Ils en ont donné, sur le même site et dans une video, des commentaires éclairants. cf aussi

     Comme dans le cas d’Alan Sokal et de son fameux hoax dans Social Text, qui déclencha l’affaire du même nom, l’auteur, comme dans le cas du canular dit Tremblay ou Maffesoli, où un texte idiot sur l’Autolib parut dans la revue Sociétés, Benedetta Tripodi maîtrise le vocabulaire badivin (sit venia verbo) à la perfection, qui plus est dans ses versions anglophones. Si son article a été accepté par les lecteurs anonymes (qui garantissent l’objectivité de la publication : il ne s’agit évidemment pas, on s’en doute, dans une revue d’une telle qualité, de publier des copains), c’est, on le suppose, parce qu’il se conforme parfaitement aux objectifs de la revue : 

"Badiou Studies is a multi-lingual, peer-reviewed journal dedicated to the philosophy and thought of and surrounding the philosopher, playwright, novelist and poet Alain Badiou. Badiou Studies is dedicated to original, critical and challenging arguments that directly engage with the conditions and circumstances of Badiou’s thought. We aim to identify pertinent intellectual discourses, ideas, historiographies and concepts, and seek articles that situate these theories within emerging events in politics, science, art and love. Book reviews, reports of related activities and experimental texts are also warmly welcome.
       Badiou Studies is especially concerned with maintaining a fidelity to Badiou's thinking without collapsing into hagiography or celebrity fetishism. This is why we encourage works that actively critique Badiou's philosophy and his currency as an established philosophical figure. This engaging approach is warmly embraced by Badiou himself, a member of our board of editors. Our board comprises international scholars who are representative of our pioneering approach to research in the field, which is both radical and widely interdisciplinary."

   On imagine donc qu’Alain Badiou “himself”, membre du comité de la revue, a pu lire l’article et vérifier qu’il ne tombe pas « dans l’hagiographie et le fétichisme de la célébrité ». Qui en effet pourrait croire qu’une revue aux standards académiques si élevés risquerait d’accueillir des articles complaisants ?  On ne peut que constater que Benedetta Tripodi a écrit un article qui critique Badiou de manière impitoyable. 

   Notre auteure affiche d’entrée de jeu la haute ambition qui est la sienne, tout en s’inscrivant dans la continuité des travaux de Badiou : 

I will show first how Badiou’s ontology allows us to capture the logics of the gender difference, as both an ontological and political process. This makes visible a dialectics of gendering institutions and dismantling sexual potentialities into neutrality –parallel to the logics of deterritorializing / reterritorializing made famous by Deleuze an Guattari (2004) – that pervades both the political capitalist machineries (Ahmed 2008) and the traditional metaphysics. On these grounds, we will question the subject of feminism, and show its essential relation with any queer nomination. The last step to make consists in recognising the limits of a formulation of the queer potentialities in a Badiousian framework: here, it will appear that the object of a queer nomination, i.e. the neutrality, calls for a novel re-affirmation which takes place, in philosophy, under the modes of what Laruelle recently called “non-philosophie”.”
 
  On notera l’audace qui consiste à juger Badiou au nom de Laruelle. C’est un peu comme si l’on entendait juger Proclus au nom de Jamblique. Tripodi sait aussi parfaitement résumer l’apport majeur de Badiou : 

  Mathematics is the ultimate ontology, and, more precisely, as Badiou emphasised in his theory of the event, mathematics is set theory (Badiou, 2005, 2009). From now on, all utterances of a difference, be it ontic or ontological, empirical or transcendental, should be pronounced from the horizon of the axiomatics of set theory, and its crucial ontological character that is the centrality of the void. As Badiou has repeated in his reconceptualisation of set theory, the empty set, the void, is the basis of the whole construction of sets. The origin of the set is the null set or the void taken as the set; and then sets can be achieved by adding this set, one more time, to the void: the centrality of the void is the major advance made by Cantor when he founded set theory. This crucial rethinking of mathematics allows a new founding of ontology, conceived of as a pure theory of multiplicity. The void central to the theory turns out to be the essence of the manifold and the fullness that is axiomatically conceived of in a theory of multiplicities. This theory is set theory, and it is Badiou’s giant step in thinking that one acknowledges this mathematical  theory  as  the  true ontology.”

   De méchantes langues jadis soutinrent que Badiou ne faisait là en un sens que reprendre la définition de la notion de couple ordonné par Wiener :


où l’ensemble vide est, comme on le voit, crucial (bien qu'il disparaisse dans la définition de Kuratowski). D’autres dirent que Badiou avait là emprunté à Lacan, dont il entendit vers 1966 à la rue d’Ulm parler de la définition frégéenne du nombre à partir du zéro (ce qui faisait dire à Louis Althusser, à qui je dis une fois que j’étudiais Frege : « Ah ! oui ! Frege ! Le zéro ! »). Mais ces méchantes langues peuvent régurgiter leur venin. Car Tripodi établit parfaitement la génialité de l’apport de Badiou : traiter la théorie des ensembles comme l’ontologie même. Voulez-vous savoir ce qu’est la prédication? Voyez Cantor. Voulez-vous savoir si l’on doit être réaliste ou nominaliste quant aux universaux ? Voyez les grands cardinaux. C’est bien plus fort que Quine : l’être n’est pas juste la valeur d’une variable, l’être c’est ZF. Comme le dit Charles Ramond, « Chez Badiou, ainsi, la philosophie tient le même discours que la mathématique, sans qu’on puisse dire si l’une précède l’autre. » [3]
 
     Il restait à Tripodi à en administrer la preuve. Les ensembles ne sont pas simplement l’être même. Ils servent aussi la politique réactionnaire du genre. Le genre, c’est un prédicat d’un ensemble en extension. Les ensembles rabattent les multiplicités :

 "Sets are indeed what gendering processes by reactionary institutions intend to hold, in contradiction to the status of the multiplicities proper to each subject qua subject. Being a “woman”, being a “male” “homosexual”, being an “autistic” “child” is possible only because it applies the ontologically generative procedures that are labelled as sets (Irigaray 1993b; Wittig 1976 for a poetic illustration): the set of “male white homosexuals”, the set of “black children”, etc., each set being what, through its overlapping and intersections, decides which difference may tolerate which other difference (Butler, 1993; Sedgwick 1990). Understanding that ontology is first of all couched as set theory qua theory of multiplicities allows one to get an insight into those generative procedures that ascribe subjects their differences and create their gendered nature as something apparently ontologically founded (Love 2007). Therefore it provides one with a critical grip onto those procedures. “ 

Toute la finesse de Tripodi est de voir que cette mise des ensembles au service de la réaction peut se retourner en une politique de libération :

“So feminism, as ontological, should have a subject, which in turn has the resources to be what being-a- woman in itself is. Or, in better words, it has feminism –as a subject – at the same time (and in the same move) as it is feminism. This is exactly the procedure that is allowed to us by Badiou’s theory of the subject, to the extent that it complements the ontological move explained previously, centring ontology on set theory. The subject of feminism is precisely the subject to the extent that it is not belonging to the sets, qua sets of differences, assigning them – the differences –to individuals and then grounding their belonging to sets (Badiou, 2005). Once it has been clear that logocentrism and phallocentrism are indeed two sides of the same coin (Irigaray 1993; Kofman, 1985), overcoming logocentrism through the axiomatic founding of the sets as sets is exactly the move needed to account for any ontological contestation of phallocentrism.”

L’auteure peut alors conclure avec brio: 

"The resources of Badiou’s ontology for making sense of the event of feminism are therefore innumerable. Especially, it exposes the logics of the “many” and the “count-as one”, and captures it as the conceptual space for any arising of the subject of feminism. This subject experiences a truth that has no name because this truth is neutral. Such neutrality is instantiated through a genuine queer nomination – as it has been labelled here – and the prospects of the queer nomination bear upon politics as well as ontology.This paper explored, finally, the intrinsic features of this nomination, i.e., of a possibility for neutrality to be actually experienced as event and invented as truth. It appeared that the (non)-gender, as effectiveness of the neutral in the field of post-capitalist gendering institutions, is exactly the instantiation of non-philosophy in the Laruellian sense, and, at the same time, its revelation. The practical consequences of this finding should be addressed in another study.”

        Comme dans les précédents de Sokal et de Quinon-Saint-Martin, la démarche procède du difficile saturam non scribere.  Si un article aussi grotesque, répétant simplement à la manière d’un perroquet les lieux communs de la littérature badivine, et, quand il innove, tombe dans le plus complet non-sens, fait entièrement de gimmicks, où les mots utilisés ne servent que de tags, de jetons destinés à plaire aux lecteurs, a pu passer la rampe d’un comité de rédaction, cela ne montre-t-il pas que cette revue pratique ce que Susan Stebbing (commentée ici[4]) appelle « potted thinking », la pensée toute faite « en pot », et ce que Peirce appelle sham reasoning ? Le sham reasoning est une forme de raisonnement où c’est la conclusion désirée qui gouverne les prémisses et les étapes menant à cette conclusion, et non pas la vérité. Benedetta Tripodi ne parvient à sa conclusion établissant la relation entre le féminisme et la théorie ontologico-mathématique de Badiou à travers le rôle du « neutre » que parce que c’est là qu’elle voulait aller, et son article n’est lui-même accepté que parce qu’il étale des conclusions – nébuleuses mais politiquement transparentes – qui sont celles que les lecteurs potentiels de la revue veulent lire. Le rapprochement avec les phénomènes religieux est patent : les gens croient ce qu’ils veulent croire, et ils le font d’autant mieux que les textes qu’on leur propose sont eux-mêmes volontairement obscurs, à l’instar des paroles des oracles, des prêtres, ou des gourous. On ne commentera pas ici la transposition de cette posture de prophète à la politique, qui est sans doute l’alpha et l’omega du phénomène badivin.[5]  L’article de Tripodi manifeste le fait que nombre de productions intellectuelles d’aujourd’hui, dont les Badiou Studies et leur inspirateur ne sont qu’un exemple, montrent que leurs auteurs ont, comme le disait Taine de Victor Cousin, un rapport essentiellement politique aux idées. Les idées ne sont pas là pour servir un objectif théorique ou cognitif, mais essentiellement des objectifs politiques. La réponse appropriée n'est pas l'argument, mais la satire, comme le fit Taine dans Les philosophes français classiques du dix-neuvième siècle (1857). Jacques Derrida, Michel Foucault, Gilles Deleuze et Alain Badiou sont des philosophes classiques de la fin du vingtième siècle, au même titre que Laromiguière, Biran, Cousin ou Jouffroy.  L'analogie ne s'arrête pas là.  Une fois que les condillaciens et les idéologues eurent abandonné leur langue des signes, la métaphysique spéculative refit  son entrée. Benedetta Tripodi comme son maître ne sont pas des poststructuralistes postmodernistes. Ce sont des métaphysiciens audacieux, dotés de l'esprit de système. Badiou ne manque pas de culot quand il décrit sa propre démarche ainsi: 

"La philosophie est systématique, en ce sens, parce que son désir propre est de libérer l’action et la pensée par le strict usage immanent de ressources tenues pour universellement disponibles : l’examen critique, la clarté des principes, l’accord logique avec l’auditeur ou le lecteur sur ce que c’est qu’une conséquence, la dialectique des arguments, la force d’une conviction immédiatement lisible dans la langue qu’on partage avec l’autre." ( « Système du système. », Les Temps Modernes 1/2015 (n° 682) , p. 172-179)

Au lecteur des Badiou Studies  et des livres qui l'inspirent de vérifier si les écrits en question illustrent ce beau programme.

     Pire, diront nos garnements en riant bien de la farce faite au Capitaine Badiou à travers ses thuriféraires, la publication de « Ontology, Neutrality and the Strive for (non-)Being-Queer » dans Badiou Studies montre – si c’était nécessaire, puisqu’il suffit de parcourir la bibliographie sur Badiou pour voir qu’elle est à 99% composée d’articles de ce genre – qu’il existe un véritable marché de production de foutaise (bullshit), qui se reproduit quasiment à l’infini à la manière dont le font les post-modernist generators. Badiou est loin d’être unique en son genre. On peut parier, sans trop de risque de se tromper, que l’International Journal of Zizek Studies, les Deleuze Studies, les Foucault Studies , les Baudrillard Studies [6] etc. pourraient accepter des articles de ce genre sans y voir autre chose que du feu. Les sociologues pourront réfléchir, à la suite de l’article pionnier de Boudon, sur l’existence d’un second marché pour les intellectuels, celui des medias, du journalisme (particulièrement philosophique) qui a fini par s’amplifier et grignoter le premier marché, et même le concurrencer[7]. Le philosophe Brian Skyrms, avec qui je discutais une fois de ces sujets dans un colloque sur la rationalité et la théorie des jeux, me donna la réponse : « There is a market for fools ». Il y a une rationalité à entretenir l’irrationalité, et il y a des gains à obtenir de l’existence d’un tel marché, qui a, outre bien sûr son public, ses livres, ses revues, ses festivals, ses écoles d’été, et qui mime, de manière grotesque, les rites du monde académique : peer refereeing, invited chair, summer school, etc. Les acteurs de ce marché jouent d’ailleurs avec l’academia traditionnelle : ils occupent des postes universitaires, dirigent des thèses, reçoivent des doctorat honoris causa.[8] Nous ricanons, et nous nous rengorgeons de notre sérieux académique face à ces épisodes. Mais sommes- nous sûrs d’être si immunes ? Benedetta Tripodi ne nous tend-elle pas un miroir ? Au fond, son article n’est-elle pas l’image même de l’université de demain ? Derrière toute farce, tout prosopon,  il y a un visage sinistre, et celui que ce canular brillant laisse entrevoir est glaçant.     

      Soit, dira-t-on, cette affaire de marchandise badivine frelatée montre qu’une revue a mal fait son travail de sélection des articles, ce qui arrive aussi bien à des revues scientifiques dites sérieuses. Cela montre-t-il quoi que ce soit au sujet de l’auteur épinglé à travers ce piège aussi banal que l’usage des leurres et autres appeaux par les pêcheurs et les chasseurs ? Non, bien sûr, pas plus que l’affaire Sokal ne montrait que les philosophes français tels que Derrida, Deleuze, Laruelle, Nancy, Latour, Serres, et … Badiou aient quoi que ce soit à voir avec le canular. Bien entendu, il n'avaient rien à y voir: jamais il n'avaient écrit ce que le sottisier de Sokal et Bricmont révélait, jamais ils n'avaient par leur écrits induit l'immense littérature qui les célébrait, toutes leurs déclaration et leurs oeuvres allaient au contraire dans le sens d'une implacable rigueur spéculative et critique, qui s'appliquait d'abord à eux mêmes. Ditto , on le présume, Badiou. [9] Si des imitateurs de Fregoli se font leurrer par un autre imitateur de Fregoli les imitant eux-mêmes, cela montre-t-il quoi que ce soit au sujet de Fregoli lui-même? Non, cela montre juste qu’il a eu de bons élèves. Ici il en est de même : Badiou devrait se réjouir d’avoir d’aussi bons élèves. Il en a, heureusement, de meilleurs que Tripodi. Ils sont éminents. [10]
 
    Badiou himself  est-il atteint par ce misérable canular ? Un penseur que tous, à commencer par lui-même, s’accordent à considérer comme l’un des plus importants du siècle précédent[11], et sans doute aussi de celui-ci, ne peut être qu’au- dessus de la mêlée et de la mélasse théorique attachée à son nom, même s’il est la cause prochaine de celle-ci. Comme le dit Charles Ramond (op. cit) dans un élan qui rappelle le « Il peut le faire » de Francis Blanche vantant les exploits du Sâr Rabindranath Duval : « Ses interlocuteurs ne sont pas les philosophes, encore moins les commentateurs (cela va sans dire), mais les problèmes eux-mêmes » (ibid). Qu’aurait-il eu  à faire, quand bien même elle eût existé, des commentaires de Tripodi ? On dira qu’il a lui-même, étant membre du comité des Myself studies, eu à connaître de cet article. Mais c’est douteux. Il n’est évidemment pas responsable des bêtises qu’on dit en son nom, mais seulement des siennes propres. Comment l’auteur de La logique des mondes, de la Théorie du sujet, celui qui a relégué Platon lui-même au rôle de faire-valoir depuis qu’il réécrivit La République, et qui peut être nous livrera, une fois qu’il aura joué le rôle de Socrate dans un film hollywoodien (voir ici même), son propre Parménide, pourrait-il ne pas être indifférent à ce misérable canular? 

   N'empêche: des penseurs postmodernes visés par Sokal, à Maffesoli, et maintenant à Badiou, la liste commence à s'allonger des intellectuels victimes de canular, et comme dans Le Comte de Monte Cristo et La mariée était en noir, ceux qui n'ont pas encore été touchés ont du souci à se faire: qui sera le prochain? Ils ne pourront plus lire un article sur eux-mêmes sans avoir un doute. Les comités de rédaction vont avoir à redoubler de vigilance. C'est peut être, comme dans Le laboureur et ses enfants , un effet secondaire bénéfique. 

  Max et Moritz, Hans et Fritz, Pam et Poum recevaient des fessées pour leurs farces. Quelle punition le Schulmeister va-t-il infliger à nos garnements ? Elle est toute trouvée : « Vous me copierez cinq fois L’être et l’événement ».





Selbst der gute Onkel Fritze
Sprach: "Das kommt von dumme Witze!"

 

[1] Je me rappelle encore demandant mon journal favori un jour de 1966 chez un marchand de journaux à Grasse, et sa réponse : « Pipapou ? Kékséksa ? ». Je ne connus les Plick et Plock, Christophe, Topffer, et Busch, que plus tard. Voir les excellents Töpfferriana  

[3] Cités, 2014/2 n° 58, p.136
[5] Voir D. Sperber, « L’effet Gourou »  . Dans le cas d’Alain Badiou, l’autoglorification, associée à celle de disciples, a un aspect au moins aussi politique qu’égotiste. N’oublions pas que le modèle est le président Mao, qui n’avait de cesse de vanter ses propres exploits et sa personne, pour raffermir le cœur du peuple.
[6] Cf les nombreux X studies : Baudrillard Studies , Deleuze Studies , Zizekstudies  , Foucault Studies. Il y a évidemment des Kant Studien, mais ces expressions semblent surtout modelées sur les science studies
[7] R. Boudon “Les intellectuels et le second marché” Revue européenne des sciences sociales, T. 28, No. 87, Les Intellectuels: déclin ou Essor: (1990), pp. 89-103 . Boudon notait cette dualité des marchés en 1990. Mais depuis le second marché a envahi le premier,et la frontière est devenue floue. Quand est à la recherche de prestige intellectuel on signe « écrivain et philosophe » mais on ne signe pas « universitaire ». Pourtant les bateleurs de foire intellectuels sont avides d’indiquer leurs titres universitaires dans leurs biographies. Le phénomène dont Badiou est le nom est un symptôme de cet effacement des frontières entre les deux marchés que distinguait Boudon. Badiou est l’un des rares qui pourrait signer « universitaire et écrivain-philosophe ».
[8] Le badiousisme et autres cultes apparentés est un cas de ce que Diego Gambetta et Gloria Origgi appellent « kakopraxia » ("The LL game",  Politics Philosophy Economics vol. 12 no. 1 3-23) voir aussi les commentaires de Gloria Origgi
[9] Comme le montra jadis Pascal Engel dans un article en défense des philosophes français si méchamment et injustement attaqués par Sokal : « L’affaireSokal concerne-t-elle les philosophes français » ? in Zarka ed. La philosophie en France, Paris PUF. 2005
[10] Voir Quentin Meillassoux, « Histoire et événement chez Alain Badiou », article qui permettra au lecteur de compléter utilement l’article de Benedetta Tripodi.
     Q. Meillassoux y énonce notamment avec clarté ce que Tripodi pense de manière – avouons-le - légèrement confuse : 
      « L’ontologie, pour notre temps, s’identifie ainsi à la théorie des ensembles, en ce sens que celle-ci nous révèle que toute entité mathématique peut être pensée comme un multiple. Être, au sens le plus général, et le plus fondamental, c’est être un ensemble, donc une multiplicité. D’où la thèse ontologique de Badiou : l’être est multiplicité- et ajoutons : rien que multiplicité. Autrement dit, l’être est multiple à l’exclusion stricte de son opposé- à savoir l’Un. L’être n’est donc pas une multiplicité composée d’unités stables et ultimes, mais une multiplicité composée à son tour de multiplicités. En effet, les ensembles mathématiques ont pour éléments non des unités mais d’autres ensembles, et cela indéfiniment. Quand un ensemble n’est pas vide, il se compose à son tour d’ensembles multiples. Un tel type de multiple que ne stabilise aucune loi de l’Un, Badiou le nomme “multiple inconsistant”, par opposition aux multiples consistants, c’est-à-dire faits d’unités. L’être, loin de s’identifier à l’assise stable d’un phénomène qui serait quant à lui périssable, est dissémination pure, en retrait de notre expérience immédiate du réel, où nous découvrons au contraire, en temps ordinaire, des multiplicités consistantes (des hommes-uns, des dieux-uns, des étoiles-unes, etc.). Ce en quoi, bien que platonicien, Badiou se veut, par-delà l’héritage de son maître, platonicien du pur multiple : l’ontologie doit, de l’apparente consistance des situations, remonter jusqu’à l’être inconsistant des multiplicités. »     Tout le problème est de savoir comment elle pourra en redescendre. La métaphysique de Badiou et de ses disciples est kitsch.

.[11] On mesurera toute la différence entre l’approche que l’on pourrait appeler naïve (au sens de la théorie naïve des ensembles) de Tripodi et l’approche axiomatique d’autres disciples plus avisés de Badiou, comme P. Maniglier et D. Rabouin, qui, après avoir qualifié la philosophie de Badiou de « grande philosophie », écartent d’avance les objections prévisibles: « Ne serait-ce qu’à cet inconfort dans lequel elle nous plonge, nous pouvons reconnaître dans l’œuvre qu’Alain Badiou achève avec Logiques des mondes l’accomplissement de ce qu’il faudra bien appeler une philosophie. On imagine déjà les regards dubitatifs (« un grand philosophe, aujourd’hui ? »), les sourires entendus (« les voilà dans la secte »), les procès d’intention (« avez-vous lu ce qu’il écrit dans le journal ? »), les interprétations basses (« toutes ces mathématiques, c’est pour épater les âmes simples »). À quoi il n’y a de réponse qu’en acte : c’est-à-dire en montrant ce qui, dans la lecture de Badiou, peut être efficace pour quelqu’un qui ne reconnaît pas nécessairement ses problèmes pour siens ; pourquoi il se tient en un lieu stratégique de la pensée contemporaine, où se posent et se décident les questions sur lesquelles, aujourd’hui, nous pouvons et voulons travailler. » (À quoi bon l'ontologie ? Les mondes selonBadiou. », Critique 4/2007 (n° 719), p. 279-294)

34 commentaires:

  1. En principe, après la philosophie baroque du "Pli", son dernier livre, Deleuze avait plusieurs projets déclarés dans des interviews, dont un livre sur la théorie des ensembles. C'était sûrement lié à ses échanges compliqués avec Badiou. Si l'on fait de l'histoire contrefactuelle, on peut se demander ce que le livre de Deleuze aurait eu de plus par rapport au travail de Badiou.
    De Badiou, on a surtout le souvenir du penseur engagé, venu tard à l'ontologie des mathématiques après un détour par le stalinisme, comme Jean-Toussaint Desanti. Mais Desanti critiquait l'ontologie intrinsèque des mathématiques basée sur la théorie des ensembles.
    Sous ses allures de gourou, Alain Badiou est-il malgré tout le passeur de quelque chose ?
    Deleuze, quant à lui, aura été le fantastique initiateur de notre découverte de la philosophie analytique, après Jean Wahl.
    Cher Pr Scalpel, les premiers travaux de votre avatar dans une autre vie, rue d'Ulm, portaient sur la théorie de l'extériorité des termes et des relations, qui avait inspiré d'autres penseurs.
    Dans son livre sur Hume, Deleuze insistait sur l'importance de cette théorie dans l'empirisme. Le trajet de cette idée était curieux. Dans le chapitre de "Situations I" sur "L'étranger" de Camus, Sartre trouvait la clé de cette œuvre dans la théorie de Hume.
    Althusser aurait pu parler de l'algèbre des classes qui avait influencé Marx, lequel s'était intéressé aux travaux de Boole.
    La référence à "Pim Pam Poum" est à hurler de rire !

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  2. Il n'y a aucun mal, au contraire, à s'intéresser à théorie des ensembles ! Mais autant que je sache jamais Desanti n'a dit que les maths c'est l'ontologie, ni même Deleuze d'ailleurs.
    Deleuze avait vu la question de l'extériorité des relations, et son intérêt, dès son Hume. (via Wahl). Mais cela ne l'a jamais conduit sur les positions de Russell, précisément ! Je le soupçonne d'avoir secrètement pensé que les relations sont internes, comme il le devait, en bon bergsonien. ou alors il a repris le thème sous une forme romancée, à son habitude, faute de vouloir le comprendre, et surtout faute de suivre les idées jusque dans leurs conséquences. Son rapport à la philosophie était celle d'un artiste: il aimait l'idée de relation externe. Mais savoir si elle était correcte l'intéressait fort peu.
    Platon aussi aimait les Formes. quand il les eues découvertes, il les mit à toutes les sauces.

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  3. Il y a des risques de provoquer un infarctus chez une personne arrivée à un âge vénérable, en lui faisant des canulars. De même, le père adoptif des faux jumeaux, le Capitaine en surpoids doué d'un physique qui ferait craindre pour lui, dans la vraie vie, le diabète, le cholestérol et l' hypertension artérielle, serait potentiellement en danger, s'il n'était un être de papier, à cause de ses colères en forme de punchlines.
    Avec Badiou se pose la question de l'illusionnisme de l'ontologie. C'était le reproche classique fait à Heidegger, avec le nazisme qui a permis de le licencier, depuis qu'il ne sert plus à rien. Néanmoins, Heidegger gardait une part de crédibilité, avec sa pensée de l'Etre éparpillée dans des fragments énigmatiques, remontant à l'aube de la culture grecque. Mais des philologues comme Jean Bollack s'élèveront contre l'abus du culte des fragments présocratiques, censés recéler une vérité première immémoriale.
    Badiou a quelque chose d'un gourou qui a encadré et géré la décadence de la fin d'un siècle. Il ferait bien penser au Sâr Péladan de la fin d'un autre siècle et d'un autre style, que la Grande Guerre a relégué dans les souvenirs des loufoques français, qui le firent revivre dans un sketch célèbre. Le rapprochement avec Victor Cousin est lui aussi intéressant. C'est le rôle de la philosophie française de meubler les périodes d'ennui, quand la pensée est en vacances, avec tout l'esprit des salons. Il faut malgré tout continuer à penser, le vide, le rien, l'entre-deux, dans l'attente de temps meilleurs, avec le vertige du doute généralisé du sceptique.
    Quant au canular à la mode Sokal, il a tout changé dans le domaine de l'imposture universitaire qui réussit. On ne dénonce plus l'imposteur, ou le crédule qui se fait le complice de l'imposteur en se laissant avoir. A présent, c'est l'auteur qui a servi de modèle a l'imposteur qui est mis en cause. Si le léger décalage d'un l'article canularesque passe, ou bien le comité de lecture était incompétent, ou bien la pensée de l'auteur falsifié manque de rigueur.
    Pourtant, il y a des althussériens qui ont parfaitement survécu. Ainsi pendant vingt ans, Christian Baudelot, l'ancien pilier des séminaires d'Althusser, a enseigné la sociologie aux statisticiens de l'INSEE, pour leur montrer que le monde ne tient pas dans une équation. Venu des lettres classiques, de même que Baudrillard était germaniste, c'était la chance de Baudelot d'être arrivé tôt dans une discipline jeune, qui était encore une dépendance de la philosophie, comme l'économie était un certificat de licence des étudiants en droit. Baudelot s'est intéressé au suicide, au bien-être, avec une découverte étonnante. Pourquoi les gens racontent-ils tous le même conte de fées quand on les interroge sur leur bien-être, alors qu'ils disent toute la vérité quand on les questionne sur leur mal-être ? De là à dire que le bien-être n'existe pas...
    La vérité, les femmes ne s'en balancent pas. Mais entre hommes et femmes, pourquoi dit-on toujours le contraire de ce que l'on pense ? Avec le temps, on sait enfin la vérité sur Eddie Constantine. Les femmes qui l'ont connu disent que c'était un brave homme, mais qu'il ne leur plaisait pas du tout, ce qui nous fait tomber des nues. C'était seulement un modèle de virilité pour les garçons, le modèle de l'Américain pour la France, qui faisait mourir de rire les Américains.

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  4. Belle évocation ( "je balance pas, j'évoque"). Je réponds juste sur un point, pour préciser. En France, à l'époque de la révolution et de l'empire, les idéologues, qui tenaient leurs thèses de Condillac, rejetaient la métaphysique et prétendaient décrire juste la génèse des idées dans l'esprit, à travers une science des signes. Ils étaient , mutatis mutandis, un peu les structuralistes de l'époque, et pas trop métaphysicien. Vint Biran, puis Cousin , qui réhabilitèrent la métaphysique (mais quelle métaphysique !) Il ne fut de même dans les années 60. on célébra la ruine de la métaphysique ( sauf Deleuze, qui est toujours resté métaphysicien) et on dit avec Lyotard , Derrida qu'il n'y a pas de hors texte, juste des récits. Avec Badiou elle revint, et en quels habits !

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  5. Le retour au condillacisme, c'était l'époque de "L'archéologie du frivole" de Derrida. Mais le spiritualisme a été lui aussi terriblement séduisant, avec l'introspection et le sens interne de Biran, dont Ravaisson et Bergson se souviendront. Bien sûr, le problème, avec l' introspection, comme disait Comte, c'est que l'on ne pouvait pas être chez soi et se regarder passer dans la rue.
    La pensée de Cousin était plus riche que sa réduction scolaire au calque de la dialectique hégélienne comme ciment du collage éclectique. Mais pourquoi Cousin s'intéressait-il tant aux grandes dames, Madame de Sablé, etc. ? Et je comprends mal comment l'école écossaise a pu influencer le spiritualisme.
    Plus tard, pour la fin de bal spiritualiste, il y aura la Philosophie de l'Esprit d'un Louis Lavelle.
    Même pour un sceptique comme moi, qui observe le défilement des idées comme dans une revue de music-hall, et qui se contenterait d'une maigre certitude pour échapper à la tentation du nihilisme, l'éclectisme ne suffirait pas. Le syncrétisme de Renan, qu'il appelait le dilettantisme, ne m'aurait pas convenu non plus.
    Pourtant, quoi qu'on en dise, il y a une influence des périodes de l'âge sur la pensée. Arrivé au seuil du troisième âge, je le vois comme le dernier volet d'une saga qui sera le moment de la vérité. Personnellement, j'ai été paresseux, car j'ai laissé l'expérience constituer cette vérité toute seule avec le temps, en savourant le plaisir du spectateur qui voit passer les modes, les régimes et les révolutions. Il y a une dimension eschatologique du troisième âge, qui incite à faire une vaste synthèse, comme le dernier terme d'une triade. Un siècle après celui de Renouvier, il y a eu un livre de Jean Maurel sur Victor Hugo philosophe, qui excellait dans le collage romantique de tous les extrêmes, le grotesque et le sublime, la laideur et la beauté, etc.., et qui devint avec le temps une synthèse vivante du XIXème siècle, qui n'avait plus besoin de rien pour la faire tenir, sinon son grand homme.
    En ce qui concerne la métaphysique de Deleuze, celui-ci avait inventé le matérialisme métaphysique, dans cet extraordinaire montage qui s'appelait "L'Anti-Œdipe". Deleuze admirait aussi Léon Chestov et son "Athènes et Jérusalem", qui lui avait inspiré son "Proust et les signes". Chestov avait le génie des titres de livre, comme Benda. Chestov fut le vrai gourou de Georges Bataille, qui apprit le russe pour le traduire.
    Le mixte marxo-freudien de Deleuze et Guattari avait été préparé par Althusser et Lacan, qui avaient importé la structure dans Marx et Freud afin d'établir un lien entre eux, sans passer par la pensée libertaire.
    A Vincennes, Lacan fera sérieusement des mathématiques, pour une topologie de l'inconscient.
    Quant à savoir si Deleuze a été le passeur de la philosophie analytique, il y a eu "Logique du sens" autour de Lewis Carroll, avec la réactualisation de problèmes de logique que l'on retrouvera dans "La Norme du vrai".
    Mais "Logique du sens" était surtout lacanien et c'est plutôt Jules Vuillemin, Jacques Bouveresse et le provençal Gilles-Gaston Granger qui nous feront découvrir la philosophie analytique.

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  6. Oui, je pense que ce texte de Derrida sur condillac n'était pas sans rapport avec la grammatologie. Chestov est régulièrement attaqué par Benda. voir ce qu'il dit de lui dans Un régulier dans le siècle.
    Sur Deleuze et la Norme du vrai, voir ce qu'il en dit dans Qu'est ce que la philosophie : " C'est une véritable haine de la philosophie qui anime la logique". Granger est né à Paris, et n'est devenu provencal que sur le tard. Vuillemin et Granger n'aimaient pas la philosophie analytique dans sa version oxonienne. Merci du rappel du livre de Maurel, qui était fort bon. Je continue à apprécier celui de Renouvier. Finalement derrière les métaphysiciens il y a de l'hugolisme: ils veulent savoir ce que dit la bouche d'ombre. Mais s'agissant de Badiou, c'est Mallarmé son favori, que Benda détestait.

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  7. Stanley Cavell et son maître Emerson seraient-ils les inspirateurs de ce blog ? Selon eux, la philosophie est une affaire de ton juste. Serait-ce cela, le pragmatisme ? Trouver le ton juste relève de la pratique, pour respecter la démocratie en politique, ou pour ne pas dériver vers la métaphysique quand on traite des fondements des mathématiques.
    A cet égard, le Cours de Wittgenstein à Cambridge sur les fondements des mathématiques, qu'il aborde sous l'angle de la grammaire, reste un modèle du genre. Ce Cours était suivi par quelques grands esprits du temps, qui intervenaient avec à-propos, comme Alan Turing, sur la non-contradiction et la lune faite de fromage vert, la contradiction cachée, etc.. Cela nous éloigne beaucoup de l'ontologie intrinsèque de la théorie des ensembles.
    Le pragmatisme est-il donc l'ennemi de la métaphysique ? Il semblerait que non, si l'on en croit Charles Sanders Peirce.
    En retour, Wittgenstein avait d'ailleurs un avis sur la machine de Turing, le modèle conceptuel de l'ordinateur.
    Pour Wittgenstein, derrière la machine il y avait toujours l'homme. Ce que l'on appellera plus tard l'homme neuronal, qui effectue les opérations basiques du raisonnement comme une machine, n'était pour lui qu'une théorie. Je serais assez d'accord pour voir comme de la science-fiction pour adolescents ce que l'on dit sur les machines, qui prendront le pouvoir, grâce au développement de l'intelligence artificielle, et qui seront même capables d'éprouver des sentiments. Quant à nous, pauvres humains, nous seront les images d'un film, dans le flot des données du Big Data de la Matrice.

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  8. Non, ce qui inspire ce blog c'est l'intellectualisme de Benda, qui déteste tout ce qui est pratique, ou plus exactement déteste les recours à la pratique pour résoudre des problèmes essentiellement intellectuels , comme ceux des mathématiques. Je crois ( horresco referens) que Benda serait d'accord sur ce point avec Badiou. Mais ce dernier, s'il entend être marxiste, doit aussi insister sur un primat de la pratique. Raison pour laquelle je n'ai jamais compris comment on peut être un marxiste platonicien. Wittgenstein était-il un platonicien qui aurait aussi défendu le primat de la pratique, pratiquant lui aussi l'oxymore ( l'oxymore vous attire des disciples fervents, car les penseurs conséquents ont l'air de dire des banalités, alors que l'oxymore est obscur, donc attirant) ? Je crois qu'il était conséquent en disant que la nature des mathématiques était essentiellement pratique.

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  9. Badiou a dors et déjà donné son point de vue sur cette affaire ...!

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    1. la parole est d'argent, même si le silence est dors.

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  10. Voici la réponse de Badiou à deux soi-disant philosophes, tous les deux très méprisables par ailleurs, mais également le journaliste qui avait collaboré avec eux, et qui avaient publié un canular dans la totalement médiocre "Journal of Badiou Studies" - qui n'a, par ailleurs, rien à voir avec Badiou et dont les éditeurs, vu les sujets qu'ils choisissent pour leurs différents numéros, sont vraiment nuls - pour se moquer de la pensée de Badiou :

    « Je ne lis jamais les "Badiou Studies", bien entendu, et ma "présence" dans le comité éditorial, est, ce devrait être pour vous évident, de nature décorative. Ce qui me frappe, dans tout ça, est l'ignorance totale de mon œuvre que révèlent les manœuvres des deux ratés de la philosophie qui s'égarent dans leurs minuscules machinations. Il est, pour n'importe quel lecteur véritable, absolument idiot de m'identifier au "postmoderne", dont j'ai maintes fois signalé la vacuité rhétorique. Je suis un classique, conceptuel, déductif, systématique, tout ce que les "postmodernes" détestaient. Quant à mettre en doute ma compétence mathématique, c'est ce que justement aucun mathématicien n'a jamais fait. J'ai même une lettre chaleureusement admirative de Jean Dieudonné (à propos de mon livre sur le Nombre), homme particulièrement sévère, qui salue précisément le contraste entre ma compétence dans ce domaine, et l'ignorance de la plupart des "philosophes", notamment ceux de l'école analytique, qui n'ont que la logique et la science à la bouche. Bien entendu, les mathématiciens peuvent critiquer l'usage métaphysique que je fais, comme Platon ou Descartes ou Leibniz, de leur discipline. Mais sûrement pas que je l'ignore. Il suffit du reste d'ouvrir L'être et l'événement ou Logiques des mondes, pour constater que je donne la totalité des démonstrations de tous les théorèmes que je mentionne. Que deux sous-fifres de la philosophie académique s'enragent de ce que dans le monde entier nul ne s'intéresse à leur existence est bien naturel.
    Qu'ils transforment leur humiliation en ressentiment et en basses
    intrigues, Nietzsche nous apprend que c'est pratiquement nécessaire. Qu'un journaliste comme vous, dont je crois bien que son rapport à ma philosophie se résume à un empilement d'anecdotes, mais qui a fait de "Badiou" une de ses cibles, s'empare de ce ressentiment pour persister à me nuire, cela est probablement aussi dans l'ordre des choses. »

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  11. Je propose de ne pas considérer les simples insultes venues de AB ( " ratés ", "sous fifres") ou de M. Zulunation ( "méprisables" " soi disant philosophes") , que, si elles reviennent,je devrai modérer.

    Je me contenterai ici de m'étonner que M. Badiou affirme ne jamais lire les Badiou studies et que sa présence dans le comité de cette revue est "purement décorative". Quand on est dans le comité d'une revue, on ne lit pas tout, mais admettre qu'on ne le lit jamais, et qu'on ne joue qu'un rôle décoratif signale un mépris profond du sujet même de ces "studies" pour la revue qui lui est consacrée, et un total cynisme. Qu'en pensent les promoteurs de la revue? Pourquoi Alain Badiou a-t-il accepté d'être au comité? pourquoi ne démissionne-t-il pas s'il a cette attitude vis à vis de la revue?

    Si cette revue est "totalement médiocre" pourquoi M. Badiou continue-il de la cautionner et d'y participer ? Il y publie des articles, y donne des interviews ( voir vol 2. 1, par exemple). Cela veut il dire qu'il ne lit pas, voire n'écrit pas (?), les articles publiés sous son nom? Serait-il comme B. Tripodi, un prête nom? Un éminent philosophe, Simon Critchley , y publie ses commentaires. Accepte-t-il d'être traité ainsi ?

    Peut être Alain Badiou veut il dire que si on lui avait soumis l'article de B. Tripodi pour lecture ( ce qui eût été normal étant donné qu'il fait partie du comité de rédaction) il aurait reconnu la supercherie ? Alors il devrait aussi démissionner pour protester qu'on ne l'ait pas consulté.

    Je ne commenterai pas les autres points de la réponse de M. Badiou.


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  12. ... juste un seul petit mot pour ce qui me concerne : "méprisable" - c'est à dire digne de mépris - n'est en rien une insulte mais signifie uniquement que c'est indigne d'estime ou d'intérêt.
    Mais peut être la modération se devra-t-elle de commenter ou d'effacer cette brève précision ...

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  13. Donc quand Brigitte Bardot dit à Michel Piccoli dans Le Mépris (1963) : "je te méprise" elle veut dire qu'elle ne l'estime pas et qu'il ne l'intéresse pas?

    https://www.youtube.com/watch?v=7TcYle1Q3-8

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    1. A n'en ps douter, le mépris n'est pas la manifestation d'un simple manque d'intérêt, il est un sentiment actif et haineux venant dénier à l'autre toute forme de considération et même d'existence. Quand on le proclame à la face de quelqu'un il y a offense. Je peux ne pas être intéressé par la philosophie de M. Badiou sans pour autant la mépriser ni insulter celui qui la produit. Si ce dernier se sent offensé, c'est alors du côté de sa vanité blessée qu'il faut en chercher la raison.

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  14. "In considering the qualities and circumstances of others, we may either regard them as they really are in themselves; or make a comparison betwixt them and our own qualities and circumstances; or may join these two methods of consideration. The good qualities of others, from the first point of view, produce love; from the second, humility; and from the third, respect; which is a mixture of these two
    passions. Their bad qualities, after the same manner, cause either hatred, or pride, or contempt, according to the light in which we survey them"

    Hume, A Treatise of Human Nature, ed. David Norton and Mary Norton (Oxford: Oxford University Press, 2007), 250–251

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  15. Si je puis ajouter mon grain de sel, d'une part il me semble qu'il y a dans le mépris, et dans toutes ses formes, une distance indéfinissable, qui le rend difficile à combattre pour celui qui le subit, et qui fait qu'il peut rester inconscient chez celui qui méprise.
    À mon avis, quand on dit à quelqu'un qu'on le méprise, on franchit une ligne et l' on entre dans autre chose.
    D'autre part, Jean-Luc Godard et ses amis de la Nouvelle Vague ne sont-ils pas de beaux exemple de byzantinisme ? Ce cinéma entre copains, où l'on faisait tourner ses nanas, et qui disqualifiait presque tout le monde du métier dans ses "Cahiers". La Nouvelle Vague, en interdisant à peu près tout, a-t-elle vraiment aidé la création ? Mais Benda aussi interdisait presque tout, cf. "Les lois de l'esprit".
    Il reste quand même "À bout de souffle" et un peu "Pierrot le fou", de Godard.
    Dans "Le mépris", Fritz Lang a la lucidité impitoyable et la cruauté de W.C. Fields, le Monsieur qui avait un nom de toilettes et qui ne buvait jamais d'eau, "à cause de ce que les poissons font dedans".

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  16. Ajoutez, je vous prie, bienvenue à table. Benda n'interdisait pas tout. Il aimait les classiques. Mais pas beaucoup la littérature moderne en effet. Il aimait la musique ( Wagner, Chopin) mais pas Debussy.
    Je ne vois pas que Godard ait pratiqué plus le copinage et le sectarisme qu'avant lui ( pour nous limiter à la France) Renoir, Guitry, Gance, Carné, et après lui ou en même temps Clouzot, Truffaut, Malle, etc.

    Je trouve la définition du mépris par Hume plus intéressante que celle de Moravia. BB savait pourtant tout résumer par un geste : sa moue. D'elle il restera non pas les chiens et la chats, mais la moue. Sur les méprisants, je vous renvoie à Chaval, que j'ai cité sur ce blog ( "le club des modestes").

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  17. Ivre de gloire !
    Certaines vertus, bien que démasquées et malgré la désillusion que ressent donc le spectateur de leur expression, restent aux yeux du même spectateur pourtant préférables aux vices sans masques : ah, si Badiou au moins avait été modéré dans sa réaction au canular...
    " La modération est une crainte de tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur (...)" (Maxime 18)

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    1. Crébonsandvindjou...C'est ben vrai!!!

      Signé: la Bouseuse du Comité Rural du Berry Indépendant

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    2. C'est le progrès de l'éducation : les pensées aristocratiques du Duc sont devenues les triviales vérités des campagnes.

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  18. Le Berry indépendant, cela rappelle "Passport to Pimlico", comédie anglaise sympa de 1949, où un faubourg de Londres devient la Bourgogne indépendante. Avec la so british Margaret Rutherford.
    Chez nous, la Calanque de Figuerolles s'est autoproclamée indépendante depuis 50 ans. Et l'on nous prédit la création, d'ici peu, de micro états salafistes dans nos chères banlieues.
    Sur la question du mépris, le Traité de Hume est sûrement plus éclairant que le roman de gare de Moravia. Pourquoi avoir choisi ce livre ? Godard avait l'occasion flaubertienne de faire une oeuvre sur rien, qui se tiendrait par la force interne de son style. Même la superbe partition de Georges Delerue lui importait peu. On a souvent dit que Godard la plaquait au petit bonheur sur son film.
    C'était le projet expérimental de traduire en images l'apparition de la distance insaisissable du mépris entre deux êtres. Il y a de l'agressivité passive dans le mépris, qui serait la haine mélangée à l'orgueil, et qui crée cette distance étrange, teintée d'animosité. Sous l'Ancien Régime, la société était façonnée par une cascade des mépris.
    Le mépris appelle la vengeance sournoise, terrible, machiavélique, le plat qui se mange froid, bien au-delà de sa date d'expiration. On cherche à rayer de sa vie pour toujours la personne qui nous méprise. Avec la haine, il peut y avoir le pardon et l'oubli. Le mépris, aurait dit La Rochefoucauld, on le pardonne, mais on ne l'oublie pas, à moins que ce ne soit le contraire, tant il est vrai que la maxime était aussi un jeu formel de salon, qui se retournait comme un gant.
    La vraie question est : au nom d'une normativité, qu' il faudrait justifier, a-t-on le droit de mépriser un philosophe, le mépris étant la forme symbolique de la condamnation au bûcher ? Au risque de passer pour le clown sceptique du fond de la classe, je dirais que la philosophie normative de la vérité est une chose excellente, mais qu'elle est un point de vue parmi d'autres.

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  19. "La vraie question est : au nom d'une normativité, qu' il faudrait justifier, a-t-on le droit de mépriser un philosophe, le mépris étant la forme symbolique de la condamnation au bûcher ?" De quel philosophe parlez vous ? De Badiou ? Il semble que ce soit surtout lui qui méprise ceux qui ont osé .

    et qu'est ce que la philosophie normative de la vérité ?

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  20. Je suis resté amateur en toutes choses, mais je crois savoir que, comme la théologie négative, la philosophie normative de la vérité a une démarche apophatique. Elle dit tout ce que la vérité n'est pas, au nom d'une éthique de la connaissance. Dans le domaine cognitif, la vérité n'est pas la donnée immédiate d'une intuition ou d'une contemplation. Dans le domaine de l'esthétique, la vérité d'une oeuvre ne peut résulter de l'artifice ou de la préciosité. La philosophie normative de la vérité est rationaliste. C'est une philosophie modeste, comme tout rationalisme moderne.
    Néanmoins, comme l'altruisme, la modestie reste une limite impossible à atteindre. On a toujours un intérêt, si petit soit-il, à être altruiste, et cela fait encore de nous un égoïste. De même, la modestie ne parvient jamais à dissoudre le moi. À un cynique résolument modeste, qui se promenait en haillons, Socrate aurait dit : "C'est ta vanité que je vois à travers les trous de ton manteau.".
    La dissolution du moi ne nécessite-t-elle pas le secours de la religion ? Mais la croyance aussi a son éthique.
    Dans une autre optique, celle de la spiritualité, l'ontologie des mathématiques pourrait n'être qu'un mantra pour une méditation silencieuse. La vérité serait moins importante que la transformation d'un individu durant son itinéraire spirituel.

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  21. Je ne sais pas trop ce qu'est "la philosophie normative de la vérité" qui serait comme la théologie négative. Je connais une philosophie de la vérité , parfaitement explicite, et pas si modeste que cela. Et j'admets bien que la croyance a son éthique.

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  22. Après l'ontologie des mathématiques, voyons l'ontologie poétique ! Elle me laisse sceptique, mais Alain Badiou a reconnu le rôle stratégique de Mallarmé, qui fit de la poésie un champ ouvert et aléatoire, dans "Un Coup de Dés Jamais n'Abolira le Hasard". Ensuite viendra Apollinaire, qui saisira cette opportunité, pour rivaliser avec la peinture au moyen de ses mots poétiques, dans ses "Calligrammes". Marcel Duchamp maîtrisera ce procédé.
    C'était l'ancêtre de l' art conceptuel, cet alliage byzantin qui mélange peinture et littérature. On comprend que l'Exposition actuelle du Musée de l'Orangerie, sur Apollinaire critique de l'art contemporain naissant, de 1902 à 1918, inspire un artiste conceptuel comme Kenneth Goldsmith, que je pille un peu.
    Julien Benda n'aimait ni Mallarmé, ni Apollinaire. Il appartenait à l'arrière-garde antimoderne, néoclassique. Son point de vue se défend parfaitement, quand on constate les contradictions de l'avant-garde. Duchamp faisait de la non-peinture, avec ses Ready-made. Mais comment continuer à faire de la non-peinture en peinture ? Les successeurs de Duchamp, comme Warhol, s'efforceront de gommer cette contradiction, pour continuer à peindre, ce qui signifiera un retour à une forme de conservatisme.
    Les néoclassiques n'effacent pas toute trace des révolutions artistiques qu'ils dépassent. On l'a bien vu dans des arts comme l'architecture, la sculpture ou la danse.

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  23. Benda aurait été voir l'expo Hubert Robert du Louvre , actuellement.
    Tout le monde s'accorde à sacrer Mallarmé stratège poétique, prince de la révolution poétique, etc.
    mais son rôle ne devrait il pas être réévalué?
    Je déteste Mallarmé malgré moi, un peu comme Benda aimait la démocratie à son corps défendant. Mais Apollinaire
    je ne l'apprécie pas, et mon moi m'y autorise.

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  24. Aux Happy Few de ce Blog que leur qualité d'orléanais, de naissance, d'adoption ou à titre honorifique, prédestinent à être sélectionnés, je voudrais dire combien je suis positivement ému que mon éminent ministre de tutelle Emmanuel Macron préside cette année les festivités de l'immarcescible Fête de Jeanne d'Arc, dans la plus aimable ville de province, un rêve sur les bords de Loire, qui est devenue - ô miracle de l'alchimie du souvenir ! -, le lieu enchanté de notre belle jeunesse ! Forsan et haec olim meminisse juvabit...

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  25. Sans blague ?
    De fait, Orléans, depuis des années, est le lieu de lancement des politiques. Jadis nous y eûmes de Gaulle, puis Pompidou, puis Rocard (je crois).
    J'ai lu la Jeanne d'Arc d'Anatole France. Elle fut haïe du Parti Noir en son temps. Je n'ai jamais adhéré, tel Péguy, si je puis dire, à la Pucelle.
    Si tu ne viens pas à Macron, Macron viendra à toi. Serait-ce notre ultime Xaintrailles ?


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  26. pardon : au lieu de "haïe" lire : "adulée"

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  27. "Ces fêtes de Jeanne d'Arc, qu'on célèbre en ce moment à Orléans, sont une honte pour l'esprit humain. Je lisais en dînant le numéro de La Vie Catholique à ce sujet. Il est difficile d'aller plus loin dans la bêtise", écrivait un connaisseur en 1929. Macron succédera à Audrey Pulvar. Wikipédia : "En février 2015, la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) -sic- de la région Centre-Val de Loire, ainsi que la mairie d'Orléans, constituent un dossier auprès de l'UNESCO pour obtenir le classement des fêtes au patrimoine immatériel de France, avant une demande de classement au patrimoine immatériel de l'humanité"! Les cons, comme disait Audiard...

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    1. Je ne sais trop comment nous sommes passés de Badiou à Jeanne d'Arc dans les commentaires de ce billet. Il doit y avoir un rappport...

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  28. Pourquoi ne pas voter un jour pour Emmanuel Macron, cet artiste à la vaste culture littéraire, saisi par les affaires et la politique, et qui ressemble tellement à un personnage de roman ?
    François Mitterrand était aussi venu à Orléans pour présider les festivités, la première fois sous la IVème République.
    La dernière fois qu'il vint à la Fête, il cita la "Jeanne d'Arc" anticonformiste de Joseph Delteil, qui lui avait valu d'être exclu du mouvement surréaliste.
    Avec Anatole France, il est curieux d'observer que la Pucelle, après avoir été brûlée, devint l'instrument d'un complot clérical. D'ailleurs, un voltairien comme Anatole France devait aussi faire ses délices de "La Pucelle d'Orléans" de Voltaire.
    Le livre d'Anatole France devint la bible complotiste des libres-penseurs, comme à l'opposé "Les Sectes et Sociétés secrètes, politiques et religieuses" de Le Couteulx de Canteleu, redécouvert par Umberto Eco, avait été celle des antimaçonniques.
    Quant au bergsonien Charles Péguy, il s'était fabriqué une Jeanne d'Arc à l'image de son culte catholique dans la campagne beauceronne, naïf comme celui d'un primitif, et très personnel. Bien sûr, il y avait le style répétitif de sa poésie, mais pour les phrases qui poussent au milieu des phrases, il faudrait plutôt lire "Clio".
    Heureusement, dans le catholicisme, le Culte Marial rachète le Parti Noir, et Jeanne a quelque chose à voir avec ce Culte. Le Parti Noir contre le Culte Marial, c'était le thème de "La vocation suspendue" de Pierre Klossowski, chrétien tourmenté à la manière de Barbey d'Aurevilly, Bernanos et Léon Bloy, qui savaient sans doute, comme André Gide, qu'il n'y avait pas d'œuvre d'art sans collaboration du démon.

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    1. Vous avez très finement résumé le parcours spirituel de la cité de Jeanne d'Arc : chantées (faux) par Voltaire, supprimées par la Révolution, ces fêtes eurent sous le boulangisme , puis pendant l'Affaire Dreyfus, leur heure de gloire, et le livre d'Anatole France avait été contrebalancé par Péguy. Citons encore la Jeanne d'Arc de Dreyer, celle de Bresson. Le lien avec Bernanos, Klossowski et Bataille ( qui fut bibliothécaire à Orléans) se trame. Il y a là en effet un très intéressant concentré d'histoire, où la gauche et la droite orléanaise se disputent la pucelle ( quand on invite un homme de gauche à Orléans, le Puy du Fou et le FNS renchérissent. Rastignac-Macron y sera à son aise.

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