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jeudi 18 juin 2015

Mais oui, les Grecs sont des Byzantins


                                                                Byzance

Parmi le flot des commentaires provoqués par la menace du Grexit, l'article de Berthold Seewald dans Die Welt a fait un hit.

    L'auteur y déclare :

"Die Vorstellung, dass es sich bei den Griechen der Neuzeit um Nachfahren eines Perikles oder Sokrates handeln würde und nicht um eine Mischung aus Slawen, Byzantinern und Albanern, wurde für das gebildete Europa zu einem Glaubenssatz. Dem konnten sich auch die Architekten der EU nicht entziehen. In seinem Sinne holten sie das schon 1980 klamme Griechenland ins europäische Boot. Die Folgen sind täglich zu bestaunen." 

    Ce Blog, qui traite par Benda interposé les Français eux-mêmes de Byzantins, ne pouvait pas rester à l'écart de telles accusations. Mr Seewald serait bien inspiré de lire Benda : cela lui permettrait de traiter les clercs français eux aussi de Byzantins. Non seulement le journaliste allemand, tout obsédé par sa thèse raciale absurde (les Anciens Grecs n'étaient pas une race pure), oublie que le byzantinisme ne désigne pas , comme il le croit, un ramassis ou une mixture (Mischung) de peuplades post-hélléniques, mais l'une des plus grandes civilisations de l'humanité, qui résista malgré tout plus de mille ans aux invasions des Ostrogoths. Mais pas à celle des Ottomans: quand on va à Istanbul, il ne reste plus rien de Constantinople.

     Certes  Gibbon passa un jugement sans appel sur Byzance qui selon lui presents a dead uniformity of abject vices, which are neither softened by the weakness of humanity nor animated by the vigor of memorable crimes". Et le byzantinisme désigne l'esprit compliqué , sophistiqué, non sans rapport avec l'alexandrinisme que fustigeait Benda. Mais on a montré que ces jugements étaient faux. Une civilisation occupée d'icônes et de sexe des anges ne peut pas être celle d'une Mischung de métèques. L’avis a changé sur Byzance , mais le journaliste du Welt ne s'en rend pas compte.  Et quand on dit "C'est Byzance" , c'est pour s'ébahir du luxe et de l'opulence. Alors les Grecs, surtout en ce moment, devraient plutôt être ravis du compliment. 

     De même que le Julien des Dialogues à Byzance était fier qu'on le compare à l'Apostat. 

Την εκκλησίαν αγαπώ — τα εξαπτέρυγά της,
τ’ ασήμια των σκευών, τα κηροπήγιά της,
τα φώτα, τες εικόνες της, τον άμβωνά της.

Εκεί σαν μπω, μες σ’ εκκλησία των Γραικών·
με των θυμιαμάτων της τες ευωδίες,
μες τες λειτουργικές φωνές και συμφωνίες,
τες μεγαλοπρεπείς των ιερέων παρουσίες
και κάθε των κινήσεως τον σοβαρό ρυθμό —
λαμπρότατοι μες στων αμφίων τον στολισμό —
ο νους μου πηαίνει σε τιμές μεγάλες της φυλής μας,
στον ένδοξό μας Βυζαντινισμό. 


I love the Church — her angel heads with wings,
her silver vessels, the high taper-stands,
the lights, the pulpit, the grave images.
 
There — in one of the churches of the Greeks —
the atmosphere of fragrant incenses,
the measured voice liturgical that speaks,
and the liturgical voice symphonies;
the stately priests serving with solemn ease,
the gravely rhythmic movement of their hands,
the splendour of their vestments; all the things
inherent to the venerable place;
carry my thought to that imperialism —
to those great honours that befell our race
in its illustrious Byzantinism.

 Constantin Cavafy