Pages

mardi 30 septembre 2014

Reptiles académiques

à la mémoire de Federico Tagliatesta



     Il est frappant de constater le nombre de métaphores reptiliennes dans l’academia. Tout professeur a fait l’expérience d’étudiants crocodiles, qui  assistent aux cours sans jamais intervenir, et semblent dormir en ouvrant seulement un œil, mais qui, si l’enseignant fait une erreur ou dit une bêtise, mordent soudain et ne pardonnent pas quand il s’agit de défaire une réputation. L’espèce se trouve particulièrement dans les marécages sorbonicoles, où ils s’entassent sur des bancs étroits, à bonne distance du professeur (les premiers rangs des amphis sont souvent vides, alors que les bancs en hauteur sont bondés, pour pouvoir sortir rapidement en cas d’ennui prononcé). Les normaliens quant à eux ont eu affaire aux caïmans, qui rasent les murs des couloirs de l’auguste école fondée sous la Convention, et qui peuvent mordre brusquement. Quand l’universitaire se lance dans la politique académique, il faut qu’il s’attende à trouver nombre de lézards dans les dossiers qui lui sont soumis, et s’il entend devenir directeur de quelque chose, il faut qu’il s’attende à avaler pas mal de couleuvres. S’il écrit des articles ou des livres, il doit s’attendre à recevoir soit le silence, tantôt jaloux tantôt embarrassé, de ses collègues, soit des comptes rendus vipérins. S’il est séduisant, les étudiantes se glisseront dans son lit la nuit, telles des iguanes. Au moment de sa retraite, ses étudiants le contempleront comme un dinosaure et ses collègues verseront des larmes de crocodile de voir partir ce vieil alligator.