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samedi 31 août 2013

Libre arbitre doxastique







Complainte du libre arbitre doxastique

Rencontrant un jour le Christ,
Pierrot de loin lui a fait : psitt!
Venez-ça; êt' vous un fatalist' doxastic?

Pourriez-vous m' concilier un peu
Comment on est libre de croire, responsableu,
De ses pensées , de ses croyanceux
Si les croyances sont involontair' ?

Et voici que not' Seigneur Jésus,
Tout pâle, il lui a répondu :
« Ça ne serait pas de refus,

« Mais.., votre conduite accuse
« Un cœur que le malheur amuse,
« Et puis vous êtes sans excuse,

« Pire que le méchant soldat
« Romain qui m' molesta
« Quand j'étais su'l' Golgotha.

« Dieu, qui voit tout, apprécie
« Vot' conduite envers le Messie,
« Que vous lui montez une scie.

«En enfer, et sans façon,
«Vous irez, triste polisson,
« Et ce s'ra un' bonne leçon. »

Et il lui tourna les talons.
Mais Pierrot dit : « T'en sais pas long,
Car t'as déplacé la question. »
 
 
PCC Jules Laforgue 

vendredi 30 août 2013

Michel Foucault, penseur belge?











L’expression « savoir-pouvoir » de Michel Foucault a eu un grand succès. Comme d’habitude, le maître poitevin, plutôt que la définir, et malgré le fait qu’un grand nombre de ses analyses reposent sur cette notion, préfère nous dire que ce n’est qu’une « grille d’analyse » (Dits et écrits , III, Gallimard 1994, 2001 ( 1977) : 49). C’est commode, cela permet d’en faire ce que l’on veut, et si on fait une erreur sur ce que cela veut dire, c’est de la faute du lecteur, pas celle de l’auteur qui l’a proposée (les écrits des philosophes français ressemblent souvent aux dispositions des compagnies aériennes low cost : si on est en retard sur l’horaire, c’est la faute des passagers et pas celle de la compagnie).  Telle que je l’ai toujours comprise, et telle qu’apparemment la comprennent les meilleurs commentateurs (cf. Frédéric Gros, « Une philosophie de la vérité », préface à Michel Foucault, Philosophie, Folio 2004 p. 16-17; Paul Veyne, Foucault, sa pensée sa personne, Livre de poche-Albin  Michel, biblio-essais, 2008 156), elle signifie
(i)                 Qu’un certain nombre de « formations discursives », telles que la médecine, la psychiatrie, la psychologie, la sociologie, sont, en même temps que des savoirs sur l’esprit, la société ou la maladie, parties intégrantes d’institutions et de « dispositifs de pouvoir ». « L’enjeu de tout mon travail est de montrer comment le couplage entre une série de pratiques et un régime de vérité forme un dispositif de savoir-pouvoir » (Naissance de la biopolitique, cours 1978-9, Gallimard-Seuil, p. 22)
De là, Foucault glisse, de ses études initiales sur la folie, la psychologie et la clinique, à l’idée, bien plus audacieuse, que
(ii)               Tout savoir, toute recherche et production de vérité sont en réalité non seulement associés à (« couplés »), mais aussi causés, ou produits, par un dispositif de pouvoir. Un savoir n’est autre qu’un tel dispositif (« le pouvoir était présent dès le début, dans le savoir »). Les dispositifs de pouvoir sont les « matrices » (ce qui peut vouloir dire à la fois les causes, mais aussi les raisons d’être) des savoirs. Autant de tels dispositifs, autant de « régimes de vérité », et vice versa (cf. Entretien avec Michel Foucault.1977, p.160 in Dits et écrits, 1954–1988. Paris: Gallimard, Vol. 3, 1994). Aussi une histoire du savoir, une histoire de la production des vérités, est-elle (doit-elle être) aussi une histoire des rapports de pouvoir et des rapports de domination. La volonté de savoir est une volonté de pouvoir.
(iii)             La vérité elle-même, ce que c’est pour un énoncé, un jugement ou une conception que d’être vrai ou faux est un effet de pouvoir. Le savoir qu’est que du pouvoir. (« L’analyse historique de ce grand vouloir-savoir qui parcourt l’humanité fait donc apparaître à la fois qu’il n’y a pas de connaissance qui ne repose sur l’ injustice ( qu’il n’y a donc pas dans la connaissance même, un droit à la vérité ou un fondement du vrai) et que l’instinct de connaissance est mauvais ( « Nietzsche, la généalogie et l’histoire, in Philosophie, Folio, Gallimard, 2004, p.420)
(iv)             De là un programme de libération, ne passant pas par la lutte idéologique sur le plan des idées et des thèses, mais par la révélation des « mailles fines » des dispositifs en question (prison, hôpitaux, administrations), qui sont tous normatifs et des machines à produire des normes.
(v)               Plus tard encore, vers 1976 et le début de son histoire de la sexualité, Foucault ajoute que les régimes de vérité sont des régimes de subjectivation et d’assujettissement, et que la libération est-elle-même une libération de la subjectivité. Face l’examen de soi, à la parrêsia, à la confession et à l’aveu, comme techniques de subjectivation viennent se dessiner l’éthique du souci de soi.
      Il serait intéressant de comparer ces thèses avec celles du marxisme (là où les marxistes mettaient la causalité dans l’économique, Foucault la met dans les rapports de pouvoir), avec celles de Sartre (du pratico-inerte au groupe sujet) dont elles semblent parfois des transpositions nietzschéennes, et alors même que Foucault n’a cessé de chercher à se démarquer d’elles.  Ce n’est pas étonnant, car elles reposent toutes sur des explications sociales de type fonctionnaliste déguisées en explication causales (selon une inférence fallacieuse -  la fonction de tel dispositif X est en relation avec celle du dispositif Y, donc elle le cause ; mais si la fonction du cœur est associée à celle des poumons elle ne cause pas cette dernière pour autant). Or pour expliquer causalement, il faut des mécanismes. A cela on pourrait répondre qu’il ne s’agit pas pour Foucault de donner des causes, mais de désigner des structures ( épistémai , « formations discursives ») et des fonctions seulement, la généalogie ou l’archéologie n’étant pas une  recherche d’explications causales, et encore moins de lois qui le sous-tendraient. OK, mais alors pourquoi Foucault ne cesse-t-il d’employer un langage causal et mécaniste en parlant d’ « effets », et de « mécanismes » de pouvoir : «  Savoir se réfère à toutes les procédures et à tous les effets de connaissance qui sont acceptables à un moment donné et dans un domaine défini» tandis que pouvoir « ne fait rien d’autre que recouvrir toute une série de mécanismes particuliers, définissables et définis, qui semblent susceptibles d’induire des comportements ou des discours» (1978a :49). Et le terme même omniprésent de « dispositif »  ne renvoie-t-il pas à « disposition » qui signifie traditionnellement « pouvoir » ou « cause ». Grand lecteur de Canguilhem et de Comte, Foucault ne pouvait ignorer combien ces termes sont chargés.
     J’ai toujours trouvé (i) une thèse intéressante, sans doute correcte pour bien des savoirs tels que médecine, anthropométrie, psychologie ou sociologie. Les historiens, comme Ian Hacking, Jacques Revel, l’ont bien étayée. Mais nombre des déclarations historiques de Foucault sur l’hôpital, la prison, l’émergence des sciences de l’homme ou la médecine ont été infirmées par des travaux historiques plus circonspects, moins tributaires de son romantisme positiviste.
   En revanche j’ai toujours trouvé (ii) absurde,  tout comme (iii). Tout d’abord ces thèses confondent systématiquement la vérité, qui est une propriété de nos énoncés ou de nos jugements, avec le dire-vrai, l’affirmation du vrai, et avec les « procédures de véridiction ». Elles confondent vérité et véracité (la propriété d’être sincère). Ensuite elles confondent la vérité et nos croyances sur la vérité. Quand Foucault parle d’une « histoire de la vérité », il veut dire que nos conceptions de la vérité, nos styles de dire-vrai, nos croyances sur les effets de la vérité ont changé historiquement, et qu’on peut en faire l’histoire. Rien à redire à cela, et c’est un programme important que de faire une généalogie positive (et non, comme celle de Foucault, destructive  et négative) de nos opinions sur la vérité, comme Bernard Williams en a esquissé le projet.  Mais si cela veut dire que la vérité elle-même a une histoire, c’est absurde. La vérité n’a pas d’histoire (même un fervent disciple de Foucault comme Hacking est d’accord avec cela), et sans doute même pas de géographie. Certes il y a aussi une histoire philosophique des conceptions de la vérité, mais le sens nominal de « vrai » (correspondance aux faits) n’a jamais changé (pace Heidegger et Détienne). Ensuite (ii) et (iii)  confondent le savoir théorique avec les applications pratiques du savoir, elles assimile systématiquement la psychologie et la psychologie appliquée, la science médicale avec la pratique de la médecine, la psychiatrie comme connaissance de la maladie mentale avec la psychiatrie comme pratique hospitalière, etc. Certes, pour la psychologie notamment, Foucault ne dit pas autre chose que Canguilhem : il doute que la psychologie ait jamais été autre chose que ce qu’Aristote appelle une science poïétique, un art et pas une science théorique. Mais cela me semble absurde. Enfin, il semble que Foucault assimile implicitement la connaissance théorique et la connaissance pratique, le savoir et le savoir-faire. Un savoir, aussi théorique soit-il, est toujours pratique. En généralisant on obtient la célèbre thèse de Pierre Hadot qui plaisait tant à Foucault : la philosophie grecque n’a jamais été réellement théorique, elle ne fut jamais qu’une pratique spirituelle.
      On me répondra tout d’abord que Foucault ne fait pas ces confusions, et qu’il distingue clairement le vrai du dire-vrai (par exemple dans une conférence de 1981 à Louvain ( tiens, tiens...) publiée sous le titre Mal dire, dire vrai . Mais je n’en suis pas si sûr : les « régimes de vérité » sont-ils de vérité ou des régimes de dire-vrai ? Le penseur du Poitou laisse un flou, donc il y a un loup. On me répondra ensuite que je ne peux trouver absurde  (ii)  et (iii) que parce que je fais tout simplement une pétition de principe à l’encontre de Foucault : je suppose qu’il y a quelque chose comme la vérité, la propriété réelle pour un énoncé d’être vrai ou faux. Or Foucault est un « sceptique » (Veyne, ibid.ch.3), il n’y a pas pour lui de connaissance et de vérité. Mais alors à quoi revient la distinction du vrai et du dire-vrai qu’il reconnaît par ailleurs ? Au fait qu’il n’y a pas de vérité « en soi », avec un grand V, mais toujours des interprétations particulières qui se posent chacune comme vraie, mais sont toutes en conflit et en flux historique ? Comme chez Nietzsche, l’idée selon laquelle il n’y a pas de vérité, ou qu’il y a pas de faits mais seulement des interprétations, oscille entre quatre thèses : (a) un pur et simple nihilisme (auto-réfutant, puisque l’auteur de Surveiller et punir s’appuie bien sur des faits empiriques, et doit bien supposer que ses recherches historiques, sur Pierre Rivière par exemple, ne sont pas un roman), (b) un relativisme (autant de vérités que de points de vue), (c) un fictionnalisme: il n’y a pas de vérité, mais on fait comme si (als ob) il y en avait, on a des moyens d’en parler à défaut de pouvoir la connaître , (d) une forme de pragmatisme ou de bergsonisme (la vérité ce sont ses effets, la vérité est ce qui « se fait », un « événement », etc. pas ce qui se découvre). Chacune de ces thèses me semble absurde aussi (mais par égard pour le genre du blog, je ne vais pas ici dire pourquoi). Foucault pourrait toujours me répondre, selon la stratégie sceptique bien connue, dans laquelle il était passé maître, qu’il n’a jamais affirmé (ii) ( ni (iii)-(v)), et s’est contenté de les suggérer , de les prendre comme « grille de lecture », « hypothèse de travail », etc., et que supposer qu’il a défendu une thèse, c’est dogmatiser. Il pourrait aussi me répondre par une sorte d’argument tu quoque dans le genre post-soixante-huitard: « Mais qui es-tu pour poser ces questions ? » (cf. la très intéressante note p.7 du Gouvernement de soi, Gallimard 2008, que j’ai mentionnée ailleurs).
      Tout de même, tout de même… », comme disait le proviseur Chambergnac des Enfants du limon. Mais laissons cela de côté, pour ne nous intéresser qu’à l’assimilation du savoir théorique au savoir pratique.
              J’en viens à mon histoire belge. On peut s’étonner de ce que Foucault, bien qu’il accole régulièrement les termes de « savoir » et de « pouvoir », associe le savoir à des « pratiques » et des « procédures » de véridiction et des intérêts sociaux, ne s’interroge pas sur la relation du savoir théorique et du savoir pratique en général. Certes, dans ses derniers écrits, il s’intéresse, notamment à la suite de Hadot, à la division entre la philosophie comme recherche théorique de la vérité et des essences, et la philosophie comme souci de soi et sagesse pratique. Mais il ne s’interroge pas (du moins à ma connaissance) sur la relation entre savoir et savoir-faire, entre savoir que (propositionnel) et savoir comment (savoir pratique). Il ne semble jamais s’intéresser au concept même de « savoir », à la manière dont le font les philosophes depuis le Théétète, et à la manière dont le font des philosophes neo-aristotéliciens comme Ryle dans son fameux article de 1945 « Knowing how and Knowing that », qui intéressa beaucoup Bourdieu , en revanche, dans ses analyses sur l'habitus et le savoir pratique ( Bourdieu est bien plus sensible que Foucault à la question du savoir pratique) . Quand il nous donne un peu de précisions, il dit que savoir « se réfère à toutes les procédures et à tous les effets de connaissance qui sont acceptables à un moment donné et dans un domaine défini»  et que pouvoir «ne fait rien d’autre que recouvrir toute une série de mécanismes particuliers, définissables et définis, qui semblent susceptibles d’induire des comportements ou des discours» (Ibid.). Il « définit » le savoir et le pouvoir par leurs effets, mais ne cherche pas à définir le concept. C’est normal. Foucault n’est pas un philosophe analytique, même s’il s’offre le luxe, dans une conférence de 1978 (Dits et écrits III, texte 232) d’une petite provocation, en disant tenter une « philosophie analytique du pouvoir » :

         « Après tout, la philosophie analytique anglo-saxonne ne se donne pas pour tâche de réfléchir sur l’être du langage ou sur les structures profondes de la langue ; elle réfléchit sur l'usage quotidien qu'on fait de la langue dans les différents types de discours. Il s'agit, pour la philosophie analytique anglo-saxonne, de faire une analyse critique de la pensée à partir de la manière dont on dit les choses. Je crois qu'on pourrait imaginer de la même façon une philosophie qui aurait pour tâche d'analyser ce qui se passe quotidiennement dans les relations de pouvoir, une philosophie qui essaierait de montrer de quoi il s'agit, quelles sont, de ces relations de pouvoir, les formes, les enjeux, les objectifs. Une philosophie qui porterait par conséquent plutôt sur les relations de pouvoir que sur les jeux de langage, une philosophie qui porterait sur toutes ces relations qui traversent le corps social plutôt que sur les effets de langage qui traversent et sous-tendent la pensée. »

 Mais il aurait pu suggérer par l’expression « savoir-pouvoir » que tout savoir implique une forme de capacité pratique ou un faire, autrement dit qu’il n’y a pas de savoir théorique qui ne soit associé à un savoir pratique. Qui sait peut faire. Savoir c’est pouvoir faire. C’est avoir une certaine capacité de faire, un certain pouvoir. Evidemment la thèse selon laquelle le savoir que -  le savoir propositionnel-  suppose le savoir pratique, le pouvoir faire, est bien plus générale que celle que défend Foucault, que tout « savoir » , même théorique, est « tramé » avec le pouvoir politique et vice versa (Philosophie, op cit.p.448). Le pouvoir n’est pas simplement une maîtrise des choses qu’on a soi-même et qu’on exerce sur soi-même, mais une maîtrise sur les gens. Mais ici aussi Foucault aurait pu s'aider des ressources de la lange wallonne.
     Si Foucault avait un plus poussé sa petite tentative « analytique » du côté du langage, il aurait pu remarquer qu’il y a des gens pour qui il est tout naturel d’associer le savoir et le pouvoir : ce sont les Wallons, qui disent « savoir » à la place de « pouvoir ». « Je n’ai pas su ouvrir la porte », « Tout était enneigé. Je n’ai pas su entrer dans Caen ». « Savez-vous me passer le sel ? » Il serait mal venu, en Wallonie, de répondre à ces questions en disant : « Mais pourtant vous savez bien ouvrir une porte ! », « Mais pourtant vous connaissez la ville », ou «  Bien sûr je sais passer le sel, mais pour le moment je n’ai pas envie de vous le passer. » En fait, comme le remarque Grévisse (Le Bon usage, Duculot, 1980, p.801, N°1160-1661), c’est un usage classique, que l’on trouve chez La Fontaine.
    Mais l’usage belge de « savoir » n’implique pas que nos voisins ne fassent pas de distinction entre savoir que et savoir comment. En Belgique non plus, personne ne comprendra savoir que comme signifiant pouvoir, puisque ce dernier verbe ne se construit pas avec complément d’objet propositionnel (pouvoir que), mais comme savoir-faire, le plus souvent avec une infinitive ( savoir courir, savoir ramer). Ce sont les cas de savoir-faire  qui sont équivalents aux cas de pouvoir faire, et la langue wallonne est parfaitement cohérente : qui sait (faire) en principe peut faire (sauf s’il est empêché, infirme, etc.). Mais il y a bien des cas où le savoir propositionnel que implique le savoir pratique, comme l’ont remarqué Stanley et Williamson pour l’anglais avec les questions en wh- « Knowing how, Journal of Philosophy, 2000): Do you know where to find a restaurant ? » « Savez-vous où trouver un restaurant » n’est pas seulement une question portant sur un savoir propositionnel, mais renvoie aussi à un savoir-faire: celui qui sait est le restaurant, qu'il y en a un au bas de la rue, sait aussi comment  s'y rendre. Il y a des savoir-faire propositionnels, et inversement il y a des savoirs propositionnels qui sont des savoir-faire.
     Le wallon est encore plus foucaldien que cela. On y emploie aussi "pouvoir" au sens de "permis" (flamand kunnen , évidemment venu de kennen en allemand - mais mon mini woordenboek  dit aussi que kunnen  signifie : "savoir, pouvoir" - on voit comment un réseau savoir-pouvoir existe au plan lexical à travers toutes les Flandres)). "Je ne pouvais pas venir"  = Cela m'était interdit. Cela pourrait donner des choses du genre ( mais les Wallons me confirmeront): " Je n'ai pas su venir parce que je ne pouvais pas venir". Et je pense que cela aurait beaucoup plu à Foucault de relever qu'il y a un lien sémantique de "savoir" à "pouvoir" et à "être permis": un lien du cognitif à la modalité pratique et déontique.
    Ce que Michel Foucault aurait pu dire, s’il s’était vraiment glissé dans la peau d’un oxonien et dans celle d’un wallon, c’est que le savoir théorique et le savoir pratique sont dans certains cas très voisins. Cela eût-il apporté de l’eau au moulin de ses conceptions sur le savoir-pouvoir ? C’est douteux, car il est difficile, contrairement à ce que soutiennent les « philosophes du langage ordinaire » de tirer des conclusions philosophiques de l’usage (et encore plus difficile de soutenir que toutes les questions philosophiques se résolvent en prenant acte de l'usage ordinaire). Mais il lui aurait utile de réfléchir sur le fait que les domaines respectifs de « savoir » et de « pouvoir » ne sont pas si éloignés. Et le poitevin s’en serait aperçu s’il avait un été plus attentif aux subtilités de la langue wallonne, c'est à dire du français classique.

                                                                            Merci à  Véronique Dujardin pour la photo

     PS ( 10.09.13) J'ai oublié de mentionner une autre Belgian connexion dans ce débat: le dernier travail publié par le regretté Paul Gochet , "Un problème ouvert en épistémologie, la formalisation du savoir faire", in Paul gochet et Philippe de Rouilhan, Logique épistémique et philosophie des mathématiques, Paris, Vuibert, 2007.pp. 3-24

mercredi 28 août 2013

Aucun rapport







" Toute idée doit devenir un bon mot; on ne pense plus qu'en saillies ; il faut que toute vérité, la plus épineuse ou la plus sainte, devienne un joli jouet de salon, lancé, puis relancé comme un volant doré par les mains mignonnes des dames, sans faire tache sur les sabots de dentelle d'où pendent languissamment leurs bras fluets, sur les guirlandes que déroulent dans les panneaux les Amours roses. Tout doit reluire, scintiller ou sourire. On atténue les passions, on affadit l'amour, on multiplie les bienséances, on outre le savoir-vivre. L'homme raffiné devient un sensible. » De sa douillette de taffetas, il tire incessamment le mouchoir brodé dont il essuiera le commencement d'une larme ; il pose la main sur son cœur, il s'attendrit, il est devenu si délicat et si correct que les Anglais tour à tour le prennent pour une femmelette ou pour un maître de danse . Regardez de plus près cependant ce freluquet enrubanné qui roucoule les chansons de Florian dans un habit vert tendre. L'esprit de société qui 1'a conduit dans ces fadaises l'a aussi conduit ailleurs; car la conversation, en France du moins, est une chasse aux idées. Encore aujourd'hui, dans la défiance et la tristesse des mœurs modernes, c'est à table, pendant le café, qu'apparaissent la haute politique et la philosophie première. Penser, surtout penser vite, est une fête. L'esprit y trouve une sorte de bal; jugez de quel empressement il s'y porte! Toute notre culture vient de là."

  Taine, sur les salons français des Lumières, Histoire de la littérature anglaise, tome 3, ch. III, première éd. 1863, cité d'après la troisième édition , 1878 ( Gallica)



"La question de savoir, en revanche, comment la philosophie travaille ou entrave la peinture, ou comment la peinture, à l'inverse, prolonge, relance ou fait taire la philosophie, la question du corps à corps entre une philosophie dont l'un des premiers désir fut d'exclure de la Cité des peintres automatiquement renvoyés du côté de l'ombre ou du simulacre et une peinture qui, très vite, a résisté, contre-attaqué, voire défié la philosophie sur le propre terrain où elle régnait, cette question demeure obscure et c'est d'elle qu'il s'agit ici.
L'exposition proposera un itinéraire à travers ces œuvres de l'esprit qui se déploiera en sept "séquences" :
Première séquence : La Fatalité des ombres.
Deuxième séquence : Technique du coup d'état.
Troisième séquence : la Voie Royale.
Quatrième séquence : Contre-Être.
Cinquième séquence : Tombeau de la philosophie.
Sixième séquence : La revanche de Platon.
Septième séquence : Plastèmes et philosophèmes." 


"Un va et vient entre art ancien, moderne et contemporain ; entre une crucifixion de Bronzino et de Basquiat ; une Sainte Véronique du XV° siècle et sa réinterprétation par Picabia ou Jim Dine ; entre un tableau de Paul Chenavard prétendant illustrer Hegel et une autre de Joseph Kosuth prétendant, lui, dépasser et prolonger l'hégélianisme, tel est le principe d'une exposition qui pourra se lire comme un grand récit de l'âme et dont le narrateur ne fera mystère ni de la subjectivité de ses choix, ni de ses éblouissements."


     

mercredi 21 août 2013

To kill a blogging bird



                                                     Norman Rockwell, The right to know



         Quand le blogging est apparu comme phénomène de masse, il y a un peu plus d’une décennie, nombreux sont ceux qui y ont vu une possibilité de libérer les opinions et les discussions, et de trouver un espace indépendant de la presse et des media traditionnels, voire des revues et publications savantes. On nous a vanté le fait que c’était le modèle même de la démocratie : tout le monde, du moment qu’il a un ordinateur et une connexion internet (ce qui, on l’avouera, exclut quand même de la démocratie à peu près 40% de la population mondiale) peut intervenir comme il le veut pour exprimer son opinion, présenter des textes, des projets etc.. Dix ans plus tard, qu'en est-il ? Le bilan me semble largement négatif, en dépit de l’immense succès de ce mode de publication, qui semble avoir remplacé dans bien des cas les revues, les tribunes, les journaux même, et qui intègre à présent, avec les réseaux sociaux, près de 70% de ce qui se publie, le papier perdant sans cesse du terrain et avec lui les bibliothèques, remplacées par des plateformes électroniques.

        La majorité des blogs sont simplement des plateformes publicitaires, des portails pour telle ou telle marque, telle entreprise, commerciale, religieuse ou politique, quelquefois « artistique » , mais avec toujours comme objectif la promotion. La règle du jeu est d’avoir le plus de « clics » possibles, ce qui attire d’ailleurs les annonceurs, quand ce n’est pas un des objectifs de base du site.

        Supposons un instant, par charité et pour les besoins de l’argument, que ce ne soit pas l’objectif de tous les blogs, et intéressons-nous seulement à ceux qui ont – du moins de prime abord – un objectif culturel ou créatif – communiquer des idées, des textes littéraires, des œuvres picturales et musicales – ou sociales – mettre en communication les membres d’une profession, des communautés plus ou moins réduites ou plus ou moins larges de gens.

         Un blog n’est pas la même chose qu’une revue sur internet. Chaque auteur de blog est libre d'y  mettre ce qu’il veut, à la manière (et c’est le sens du mot « blog », d’un « log book » ou d’un journal où l’on couche ses pensées du moment, à cette nuance près qu’on est supposé le faire à la cantonade, et surtout qu’il y a, à la fin de chaque « post », une section destinée à accueillir les réactions des « blogueurs » qui le lisent. Ce sont eux qui en fait font tout le sel supposé du blog et sa raison d’être, car autrement on aurait affaire seulement à une sorte de soliloque un peu ennuyeux, car le blog est supposé attirer des blogueurs, qui en font le succès. Ces blogueurs, à la différence de l’auteur du blog, sont le plus souvent anonymes. Pourquoi ?  La raison principale semble être que comme ils y émettent souvent des propos qui sont  le plus souvent dictés par leur humeur du moment, ou bien parfaitement stupides, il est préférable qu’ils restent anonymes, car un propos dicté par l’humeur est le plus souvent embarrassant pour son auteur une fois l’humeur retombée. Une deuxième raison est que plus les propos en question sont agressifs, voire insultants, plus il est préférable d'en cacher l’auteur. Car bien souvent le blog est un défouloir, où l’anonymat est prétexte à se lâcher. Il est assez évident que si les signataires n’étaient pas anonymes, le blog aurait moins d’attrait. Un blog a en général un ou plusieurs modérateurs. Ils sont supposés stopper le flot des « trolls », spécialistes de l’intervention sur internet, qui semblent, tels des aiguilleurs du ciel, avoir une sorte de tableau de bord devant eux pour savoir où il passe de l’activité, afin de pouvoir intervenir, le but étant avant tout de ne pas perdre le fil. Pour cette même raison, et comme il y a une sorte de veille permanente sur internet, il faut que les interventions soient les plus rapides possibles, que le rythme ne décélère pas. Tout ceci encourage plusieurs phénomènes assez détestables.

    Le premier est la production de bullshit, ou de foutaise. Le phénomène a été diagnostiqué remarquablement par Harry Frankfurt (tr. fr. L’art de dire des conneries, 10/18), très commenté, et il est très significatif. Le bullshiter, nous dit Frankfurt, n’a cure de la vérité. Ce qui l’intéresse est de parler, just talking. Ce vice fut diagnostiqué au Grand Siècle par les moralistes et les philosophes, comme Malebranche ou La Bruyère, et il porta plus tard d’autres noms : figarisme, comme les coiffeurs qui parlent pour parler, conversation de Café du Commerce, baratin, gossip ou Geschwätz , phénomène bien décrit dans la civilisation viennoise par Schnitzler, Kraus, Musil et bien d’autres.Le blogging n'a pas créé le bullshit, mais il le multiplie exponentiellement.

    Tant qu’on est à Vienne, ajoutons qu’une autre fonction des blogs est de rire d’autrui, de désigner des gens ou des attitudes qui soient la risée de la blogosphère. Freud y voyait l'une des fonctions essentielles du rire, et c’est la conception classique (celle de Hobbes par exemple), du rire comme décharge émotionnelle envers ce que l’on juge inférieur à nous, comme défouloir, de toutes sortes de choses.

   Le troisième est que le web est propice aux chasses aux sorcières, des dénonciations d’individus à celles de comportements. Les blogs politiques le font communément, mais les blogs « intellectuels » aussi. On dénonce les gens qui, pour une raison ou une autre, ne se comportent pas bien, pas comme nous ou pas comme il faut. Ainsi des blogs très lus comme celui de Leiter, destiné aux académiques en philosophie, passent une bonne partie de leur temps à dénoncer les manquements à telle ou telle règle supposée ou réelle de l’academia, ou des blogs comme New Apps dénoncent les manquements à l’égalité entre les sexes, notamment quand il n’y  pas ou pas assez de femmes dans tel colloque, livre, revue, etc. , et se livrent à de vraies chasses à l’homme (en France de tels blogs semblent inconcevables, car l’academia n’existe pas, mais ils existent à l’état embryonnaire). Inversement sur les blogs on dit ce que l'on aime, on "like" comme sur Face book. Besoins humains fondamentaux. Mais le plus souvent on ne dit pas pourquoi on aime ou on n'aime pas. Les blogs sont très wittgensteiniens: ils nous font comprendre que la justification doit s'arrêter quelque part.

    Il n’est pas tout à fait exact que ce qui intéresse le blogueur soit juste de parler. Sans quoi il serait, comme le Bavard de Louis René des Forêts, dans son soliloque. Le blogueur cherche le plus souvent la publicité, et du trafic sur son site. Les plateformes d’accès lui proposent de faire de la pub pour des produits, livres et autres, et il entend surtout faire sa pub personnelle dans la plupart des cas. Dans d’autres cas, il fait tout simplement de la politique, même si c’est à petite échelle. Aussi est-il obsédé par le nombre de clics. « La poublicité! La poublicité ! »

     Tout ceci est particulièrement dommageable pour les blogs philosophiques. On pourrait s’y attendre à ce qu’ils favorisent la discussion et l’argument. Certains le font, et je tiens à cet égard Pea Soup comme un modèle, sans doute parce qu’il est modéré et que chacun y parle à son tour, poliment et en retournant quatre fois sa plume dans l’encrier. Ou encore des blogs comme Philalèthe, qui sont ancrés dans les textes classiques. Mais bien souvent , y compris sur les blogs "savants", on ne trouve que des vitupérations, des informations purement « tribales » sur telle ou telle communauté de philosophes. Et on y déroge aux règles les plus élémentaires : on copie et colle, on ne cite pas, on parle par allusion, et surtout on ne lit pas  les travaux donnés en référence, soit parce qu’ils ne sont pas disponibles sur le web, ou pas en accès libre, soit parce qu’on  a la flemme. Résultat : bien des discussions s’engagent sans que les participants aient la moindre connaissance de ce dont il s’agit, comme s’ils prenaient une conversation à la volée. Le résultat, même quand la discussion est de qualité, est souvent l’exact contraire de ce que l’on pourrait attendre d’une discussion philosophique, simplement parce qu’il faut aller le plus vite possible, en quatrième vitesse, kiss me deadly, et poster avant les autres (il y a là des phénomènes de queuing bien connus des psychologues). Les meilleurs blogs sont ceux où l’on prend le temps de répondre, où on s’informe, où l’on  ne part pas bille en tête. Mais le genre même du blog semble aller contre ces attitudes (qui sont encore accentuées démesurément sur Face book et sur Tweeter).

    On me répondra que je peins les choses en noir, sans dire ce qui est positif. Certes les blogs permettent aussi de propager des informations et discussions qu’on ne trouve pas sur les autres medias organisés, ils ne sont pas tous des plateformes de bullshitting, et on y trouve des discussions  et critiques intéressantes. Souvent ils sont fun.Dans certains cas la veille permanente est utile, et préférable au silence. Des sites comme Acrimed dénoncent les excès, dérapages, faux semblants, du journalisme, particulièrement sur le web (si tant est que quelque journal échappe encore au web – il y en a, comme le Canard enchaîné, qui refuse obstinément d’y entrer, comportement très vertueux et courageux, bien qu’on  puisse difficilement dire que, même uniquement sur papier, un journal comme le Canard ne vive pas de cancaneries).
   
    En fait, le négatif et le positif dépendent des critères par lesquels on évalue la valeur de l’information. Selon l’épistémologie véritiste d’Alvin Goldman, est bon tout processus ou institution qui maximise le nombre de croyances vraies ( cf « The Social Epistemology of Blogging,” in Jeroen van den Hoven and John Weckert, eds., Information Technology and Moral Philosophy (pp. 111-122), Cambridge University Press (2008).

   On peut justifier le blogging selon ce principe : certes il y a dans les blogs et dans internet en général un paquet monstrueux de conneries, mais on peut aussi espérer que l’ensemble de la dynamique de l’information évolue vers la vérité, ainsi que les modèles de Rainer Hegselmann le suggèrent. On peut aussi penser que les meilleures opinions survivront à la discussion, et que les croyances vraies les plus fiables survivront, au détriment des autres. C’était l’un des arguments de Milton dans son célèbre Areopagitica.

    Mais selon l’épistémologie postmoderne, c’est exactement l’inverse. Il ne faut pas du tout maximiser la vérité, qui n’est qu’un masque ou une illusion (ou les deux), mais l’information, qu’elle soit vraie ou fausse (selon le principe bien connu de symétrie des science studies, qui veut que faux soit aussi intéressant que le vrai, et même souvent plus intéressant). Il faut maximiser la circulation, le transfert. Le web est en ce sens l’outil postmoderne par excellence : il communique, mais sans qu’on ait à se poser la question de savoir si ce qui s’y trouve communiqué est vrai ou faux, connu ou pas. Il est l’instrument anti-épistémologique par excellence. C’est la conception que nous proposent les nouveaux prophètes du web, Michel Serres et son élève Bruno Latour. Serres est explicite :   "Mon grand espoir est que sur le réseau, le vrai pirate soit le pirate de la vérité, c'est-à-dire qu'il y lance tout." (Michel Serres, La rédemption du savoir, entretien Des autoroutes pour tous, revue Quart Monde, no 163, mars 1997). Passez l’info, c’est bien de toute façon, même si, comme dans le téléphone arabe, elle se retrouve déformée à l’autre bout du transit intestinal de l’information mondiale. Car cette doctrine ne semble pas très différente de celle des « Eolistes » dont parle Swift dans le Tale of a Tub (VIII) :

"For we must here observe that all learning was esteemed among them to be compounded from the same principle. Because, first, it is generally affirmed or confessed that learning puffeth men up; and, secondly, they proved it by the following syllogism: “Words are but wind, and learning is nothing but words; ergo, learning is nothing but wind.” For this reason the philosophers among them did in their schools deliver to their pupils all their doctrines and opinions by eructation, wherein they had acquired a wonderful eloquence, and of incredible variety. But the great characteristic by which their chief sages were best distinguished was a certain position of countenance, which gave undoubted intelligence to what degree or proportion the spirit agitated the inward mass. For after certain gripings, the wind and vapours issuing forth, having first by their turbulence and convulsions within caused an earthquake in man’s little world, distorted the mouth, bloated the cheeks, and gave the eyes a terrible kind of relievo. Atwhich junctures all their belches were received for sacred, the sourer the better, and swallowed with infinite consolation by their meagre devotees.”



-          “Pardonnez-moi, mais toute cette tirade contre le blogging me semble passablement hypocrite et de mauvaise foi. Ne bloggez-vous pas vous-même, et même juste à l’instant présent, et pas qu'un peu? Tu quoque

-          En effet, je m’y suis laissé prendre, malgré une très longue réticence, et pas cette fois seulement. Mais il est difficile de critiquer sans être, en quelque façon, à l'intérieur de ce ce qu'on entend renverser: Giordano Bruno était un prêtre, les principaux acteurs de la révolution française des nobles et des bourgeois, et il semble bien difficile de critiquer le blogging sans profiter de la diffusion d’informations qu'il procure (sans doute illusoirement: les vrais blogueurs savent faire leur poublicité et ne se contentent pas, comme moi, de poser leur ligne en attendant que cela morde (i.e que cela clique)). On doit bien admettre que si l’on n’a pas d’écrits sur le web, on risque d'avoir pour destin la confidentialité. J’ai voulu voir quel effet cela fait d’être un bloggeur.

-         Hum! Je ne suis pas sûr que vous échappiez à ce destin! Est-il si pénible? Mais vous-même n’allez-vous pas faire exactement ce que vous reprochez aux autres ? Répondre vite, sans réfléchir, railler et prendre un ton sarcastique, et finir aussi par être la risée des lecteurs ? De bullshitter vous aussi?

-          Certes, c’est un risque sérieux, et je suis même assez conscient d’être déjà tombé dans ces travers.

-          Alors pourquoi continuer ?Vous devriez raccrocher tout de suite.

-          Parce que cela me permet d’aborder certains thèmes que je traite à l'occasion, de manière dispersée, dans mes médias favoris – articles de revue et de journaux, et de les regrouper un peu. Cela me fait une sorte d'archive. Le blog relève encore, malgré l’invasion des images, de la civilisation écrite. Mais il n’y tient plus que par un fil. On verra. Si cela tourne mal, je ferai comme la plupart des blogueurs, j’arrêterai, par lassitude, honte, ou ennui.